Un exploit qui entre dans la légende de l’alpinisme
Il y a des aventures qui redéfinissent les limites de l’endurance et de l’engagement. Celle que vient de conclure Charles Dubouloz en fait incontestablement partie. L’alpiniste haut-savoyard de 37 ans a réussi son pari fou : boucler sa Trilogie hivernale, un enchaînement de trois ascensions majeures en solitaire, dans trois massifs distincts, le tout relié à la force des mollets, à vélo. Un projet monumental qui s’est achevé sur les pentes du Pic d’Ossau dans les Pyrénées, après avoir dompté le Mont-Blanc et la Barre des Écrins.
Ce n’est pas une simple collection de sommets, mais un véritable voyage, une odyssée moderne où la performance pure se mêle à une quête de sens et d’aventure authentique. Retour sur un exploit qui marquera durablement le monde de la montagne.
La Trilogie Hivernale : Un Rêve d’Alpiniste Devenu Réalité
Ce projet, Charles Dubouloz le portait en lui depuis des années. Inspiré par les pionniers de l’alpinisme au long cours comme Lionel Daudet, il souhaitait s’inscrire dans cette lignée d’aventuriers pour qui la montagne est plus qu’un terrain de jeu : un espace de vie et de dépassement. L’idée était simple sur le papier, mais dantesque dans sa réalisation : gravir trois voies emblématiques en conditions hivernales et en solitaire, en assurant les liaisons entre les massifs à vélo.
Comme il le confiait à Millet avant son départ, l’objectif n’était pas de battre un record, mais de vivre une expérience totale, faite d’incertitudes et d’engagement. Un projet qu’il qualifiait lui-même de potentiel « dernier voyage au long cours », marquant l’apogée de sa carrière de soliste.
Acte I : « Divine Providence », le Baptême du Feu dans le Massif du Mont-Blanc
L’aventure a débuté début décembre 2025. Après avoir pédalé 120 kilomètres et grimpé 2500 mètres de dénivelé positif pour rallier Annecy à Chamonix, Charles s’est attaqué à un monument : « Divine Providence » (ED4 7b, 1500m) au Grand Pilier d’Angle. L’approche à ski de randonnée sur la Mer de Glace a ajouté 2500 mètres de dénivelé à l’effort.
S’en sont suivis cinq à six jours d’une lutte intense contre le froid, la glace et la verticalité, seul sur cette paroi immense. Pour parachever ce premier acte, il ne s’est pas contenté de redescendre, mais a poursuivi son effort par la mythique arête de Peuterey jusqu’au sommet du Mont Blanc. Un premier chapitre qui donnait le ton de l’engagement requis.
Acte II : La Barre des Écrins, une Étape Stratégique
Fin décembre, après un nouveau trajet à vélo, direction le massif des Écrins. Pour cette deuxième étape, Charles a jeté son dévolu sur la « Voie de la Gamma » en face sud-est de la Barre des Écrins. Pour cette partie, il a partagé l’approche avec son ami Antoine Bouqueret, une aide précieuse avant de retrouver la solitude de la paroi. Cette ascension, bien que différente, a confirmé sa détermination et sa capacité d’adaptation face aux défis logistiques et physiques d’un tel enchaînement.
Acte III : Le Pic d’Ossau, l’Épreuve de la Patience et de la Survie
Le dernier acte de cette trilogie fut sans doute le plus éprouvant, tant physiquement que mentalement. Arrivé dans les Pyrénées, Charles a dû faire face à un ennemi imprévisible : la météo. Pendant plus de quatre semaines, il a rongé son frein, attendant une fenêtre météo favorable alors que la neige tombait sans discontinuer pendant près de 40 jours.
Quand une accalmie s’est enfin présentée, il s’est élancé dans la voie « Ouest / Nord Ouest » (600m) du Pic d’Ossau. Mais le sort lui a réservé une épreuve supplémentaire. Dès le premier jour, son sac à dos a dévissé, emportant avec lui tout son équipement de survie : doudoune, réchaud, eau et nourriture. Face à une situation qui aurait poussé n’importe qui à abandonner, Charles a puisé dans des ressources insoupçonnées. Il a continué, passant une nuit dantesque en paroi, sans rien pour se réchauffer ni se sustenter. Il lui aura fallu 48 heures d’un effort surhumain pour venir à bout de ce dernier sommet, comme le rapporte Outside.fr.
Un Voyage au Bout de l’Engagement
Cette Trilogie hivernale est bien plus qu’une performance sportive. C’est le récit d’une résilience hors norme, d’une capacité à surmonter les doutes et les imprévus les plus extrêmes. En reliant ces trois massifs à vélo, Charles Dubouloz a ajouté une dimension écologique et humaine à son exploit, rappelant que l’aventure commence au pas de sa porte.
Alors qu’il ne lui reste plus qu’à enfourcher une dernière fois son vélo pour les trois jours de route qui le séparent d’Annecy, une question demeure. Ce voyage était-il vraiment le dernier ? Connaissant l’insatiable passion de l’alpiniste, il est permis d’en douter. Mais une chose est sûre : avec cette Trilogie, Charles Dubouloz a écrit l’une des plus belles pages de l’alpinisme moderne.
