Charles Dubouloz : Le Récit Épique de sa Trilogie Hivernale
Et si le plus grand voyage était celui que l’on fait seul face aux géants de pierre ? C’est la question que semble poser Charles Dubouloz avec son dernier exploit. L’alpiniste haut-savoyard a bouclé sa ‘Trilogie hivernale’, un projet monumental qui pourrait bien marquer la fin de ses grandes aventures en solitaire. Mêlant l’alpinisme de très haut niveau et le cyclisme sur longue distance, il a relié trois massifs emblématiques : le Mont-Blanc, les Écrins et les Pyrénées. Un périple qui redéfinit les contours de l’aventure en montagne.
Un Projet Hors Norme : La Trilogie à Vélo
L’idée est aussi simple dans son énoncé qu’elle est complexe dans sa réalisation : gravir trois faces majeures en hiver, et se déplacer de l’une à l’autre uniquement à la force des jambes. Ce projet, mûri depuis des années, s’inscrit dans la lignée des grands enchaînements portés par des légendes comme Patrick Berhault ou Lionel Daudet. Il ne s’agit plus seulement d’une performance technique, mais d’une véritable odyssée où le voyage compte autant que le sommet.
Pour Charles Dubouloz, 37 ans et guide de haute montagne, cette trilogie représentait l’aboutissement d’un rêve. Un défi total, engageant le corps et l’esprit dans une confrontation directe avec les éléments les plus rudes de l’hiver.
Acte I : Divine Providence, le Solo Magistral au Mont-Blanc
Le premier chapitre de cette aventure s’est écrit sur l’une des parois les plus mythiques des Alpes : la face est du Mont-Blanc. Charles s’est engagé seul dans la voie ‘Divine Providence’. L’ascension a duré six jours et cinq nuits. Six jours de solitude absolue, de gestes précis et d’engagement total face à la verticalité et au froid. Cette première étape a immédiatement placé la barre très haut, confirmant la dimension exceptionnelle du projet.
Acte II : La Voie Gamma aux Écrins, l’Adaptation en Cordée
Initialement, Charles Dubouloz prévoyait de poursuivre son périple en solo dans le massif des Écrins. Cependant, la montagne impose ses propres règles. Face à des conditions de neige abondantes et dangereuses, il a dû faire preuve d’adaptation. Il a finalement choisi de gravir la ‘Voie Gamma’ (ou ‘voie des Italiens’) sur la face sud-est de la Barre des Écrins, en cordée avec Antoine Bouqueret.
Comme le rapporte Le Dauphiné, l’ascension s’est déroulée du 28 au 31 décembre 2025. Cette voie, cotée ED / 6b+, est un monument d’alpinisme de 1100 mètres. Selon les informations de Wider Mag, elle compte 36 longueurs et a nécessité quatre jours et trois nuits de bivouac. Loin d’être un échec, ce changement de plan a démontré l’intelligence et l’humilité de l’alpiniste face à un environnement imprévisible.
Acte III : Le Pic d’Ossau, l’Épreuve Pyrénéenne
Le dernier acte de la trilogie fut sans doute le plus éprouvant. Arrivé dans les Pyrénées, Charles a dû faire face à une météo capricieuse. Il a attendu une fenêtre favorable pendant près de 40 jours, marqués par des chutes de neige continues. Une pause forcée qui a mis ses nerfs et sa patience à rude épreuve, comme le souligne MK Sport Mag.
Finalement, une accalmie s’est présentée. Il s’est alors lancé en solitaire dans la voie Ouest / Nord-Ouest du Pic d’Ossau. Mais le sort lui réservait une dernière épreuve : dès le premier jour, il a perdu son sac à dos. À l’intérieur, sa doudoune, son réchaud, son eau et sa nourriture. Il a dû affronter une nuit dantesque sur la face, sans équipement de bivouac adéquat. Malgré cet incident qui aurait poussé n’importe qui à abandonner, il a persévéré et atteint le sommet après 48 heures d’efforts intenses. Outside.fr qualifie à juste titre cette trilogie de « glaçante ».
Plus qu’un Exploit, une Philosophie
Une fois le Pic d’Ossau vaincu, l’aventure n’était pas terminée. Fidèle à sa philosophie, Charles est remonté sur son vélo pour parcourir les centaines de kilomètres le séparant d’Annecy, bouclant la boucle en trois jours, poussé par un vent favorable.
Cette trilogie hivernale est bien plus qu’une simple liste de courses. C’est une démonstration de résilience, d’opportunisme et de confrontation à l’incertitude. C’est l’histoire d’un homme qui dialogue avec la montagne, qui accepte ses conditions et qui trouve la force de continuer quand tout semble perdu. Dans un article intitulé ‘Le dernier solo de Charles Dubouloz’, le journaliste Jocelyn Chavy pour Alpine Mag capture l’essence de cet exploit, qui pourrait marquer un tournant dans la carrière de l’alpiniste.
En repoussant les limites de l’endurance et de l’engagement, Charles Dubouloz ne se contente pas d’inspirer les passionnés de montagne. Il nous rappelle que les plus belles aventures sont souvent celles où l’incertitude du chemin compte plus que la certitude d’arriver.
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