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C’est quoi le foehn, ce vent qui ravage la neige ?

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À l’origine, c’est un vent chaud et sec de vallée, qui souffle dans les Alpes autrichiennes. Mais le foehn est devenu dans le langage courant un phénomène météorologique global, s’expliquant par l’effet du relief sur une masse d’air. Les vents à « effet de foehn » existent en réalité dans tous les massifs où de l’air humide est projeté sur des barrières montagneuses.

Vent, reliefs et humidité

« Il faut déjà comprendre que lorsqu’un relief est perpendiculaire au vent, cela conduit à une accumulation d’humidité, vulgarise Thomas Blanchard, météorologue et gérant du site météoalpes.fr. Avec l’arrivée d’une masse d’air (de vent, donc), cette humidité va naturellement s’élever le long des reliefs. Ainsi, elle va se condenser, ce qui explique pourquoi les précipitations sont toujours plus importantes des côtés des reliefs exposés au vent. »

L’effet de foehn, c’est ce qui se passe de l’autre côté de la montagne. Le mécanisme inverse, une fois que la masse d’air a atteint le sommet. En descendant du relief en son versant opposé, elle s’assèche en même temps qu’elle se réchauffe. Au fur et à mesure de sa descente, elle se transforme en un vent chaud et sec : le foehn.

Dans les massifs français, le phénomène est relativement prévisible. Il se schématise (grossièrement) ainsi : dans les Alpes du Nord, l’effet de foehn se produit par vent à tendance sud/sud-ouest ; dans les Alpes du Sud, à l’inverse, par vent de nord/nord-ouest. Dans les Pyrénées, l’effet de foehn arrive par vent de sud en France, et par vent de nord en Espagne.

Fourbe, le phénomène de foehn se crée à différentes échelles. Si on peut déjà parler de foehn à l’échelle d’une montagne et donc l’observer de façon peu marquée dans certaines vallées encaissées, c’est à l’échelle des massifs que celui-ci se fait vraiment sentir. « Dans les Alpes, ce sont les surtout les Écrins qui jouent le rôle de massif barrière. Dans les Pyrénées, la chaîne frontalière. On peut même retrouver des phénomènes foehn à plus basse altitude, comme dans le massif central : les épisodes cévenols venant buter sur les sommets des Cévennes entre 1600 et 1700 mètres d’altitude, le foehn se crée dans la partie nord du massif », ajoute Thomas Blanchard. Comprenons que partout où un fort flux d’air vient se confronter à une barrière montagneuse, les secteurs sous le vent (opposés) de ce relief se verront réchauffées et asséchées.

Opération destruction

S’il faut parfois froncer les sourcils pour comprendre l’effet de foehn, ses conséquences sur le manteau neigeux sont beaucoup plus faciles à intégrer. Une fois la masse d’air asséchée et réchauffée, elle applique un « effet sèche-cheveux » sur les pentes qui détruit logiquement les bonnes conditions de neige. « En plein hiver, la position du soleil fait que la fonte des neiges peut être très lente même par températures douces. Cependant, dès que tu viens mettre un vent chaud et sec dessus, le tout va s’assécher très rapidement, et la situation devient catastrophique pour le manteau neigeux », explique Thomas Blanchard.

« Le dérèglement climatique n’a rien à voir avec la cause des effets de foehn, il le rend simplement plus virulent. »

Ce phénomène météorologique s’observe aussi à l’œil nu. Comme le vent s’assèche et se réchauffe sous le vent du relief, l’humidité « poussée » vers le haut va rester accrochée sur les sommets, formant des rouleaux visuellement caractéristiques du foehn. « Si tu es à Sallanches, par exemple, lors d’une belle journée, tu vas voir sur le mont Blanc des rouleaux nuageux qui ne passent pas la frontière italienne, illustre Thomas Blanchard. Les nuages vont être immobiles toute la journée car bloqués par l’effet de foehn. On retrouve le même mécanisme en Haute-Maurienne, avec des déferlements nuageux sur la frontière italienne et un grand beau temps sur Modane ».

Un effet de foehn de plus en plus virulent

On entend souvent, au détour du bistrot ou au coin du poêle d’un refuge, que le foehn se fait de plus en plus présent dans nos montagnes avec l’accélération du dérèglement climatique. L’effet de foehn dépendant seulement du placement des dépressions et des anticyclones, le lien ne peut être avéré. En revanche, il est certain que le dérèglement climatique a un impact important sur la température, et donc sur l’aspect de plus en plus ravageur du foehn. « Le dérèglement climatique n’a rien à voir avec la cause des effets de foehn, il le rend simplement plus virulent », précise Thomas Blanchard.

Mais puisque le malheur des uns fait (parfois) le bonheur des autres, rappelons-nous que lorsque le foehn ruine les conditions d’un massif, il y a de fortes chances qu’il neige par-delà la crête !

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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