Une corde neuve, encore serrée par des sangles de plastique, un carnet, de la gouache, un appareil photo. Voilà le sac que je dépose sur le sable chaud de Tonsai, en Thaïlande. Je n’ai aucune attente, aucune certitude, si ce n’est celle d’être au bon endroit, au bon moment. Face à moi, la mer d’Andaman. Derrière moi, une jungle luxuriante d’où s’élèvent des géants de calcaire. Et au fond de moi, cette sensation familière qui m’a poussé à venir jusqu’ici : la peur.
Ce voyage est plus qu’une simple aventure, c’est un défi personnel. Celui de comprendre, d’apprivoiser et peut-être de surmonter cette peur qui paralyse en paroi. Bienvenue dans le premier épisode de mon carnet de grimpe au cœur de l’Asie.
Tonsai, le sanctuaire de l’escalade en Thaïlande
Tonsai n’est pas juste une destination, c’est une légende. Accessible uniquement par bateau, cette petite crique de la péninsule de Railay est un paradis pour les grimpeurs du monde entier. Oubliez les routes et les voitures ; ici, les seuls bruits sont ceux des vagues, des oiseaux et des dégaines qui clippent.
L’ambiance est unique. Une communauté de passionnés vit au rythme du soleil et de l’escalade, partageant des bungalows modestes nichés au cœur d’une végétation tropicale. Des singes espiègles observent les grimpeurs depuis les arbres, ajoutant une touche sauvage à l’expérience.
Ce qui rend l’escalade à Tonsai si exceptionnelle, c’est son rocher. Le calcaire karstique a été sculpté par le temps et les éléments pour créer un terrain de jeu en trois dimensions. On ne grimpe pas seulement vers le haut, on navigue entre des stalactites, on se faufile dans des grottes et on s’agrippe à des “tufas”, ces colonnes de calcaire qui pendent comme des lianes pétrifiées.
Apprivoiser le rocher et ses propres limites
Mon premier contact avec le rocher est intimidant. La corde neuve glisse dans mes mains, symbole d’un nouveau départ. Le carnet est là pour recueillir mes impressions, mes doutes, mes victoires. La magnésie, elle, est prête à sécher mes paumes moites. Car oui, la peur est bien présente.
La peur de la chute, bien sûr, mais aussi celle de ne pas être à la hauteur. Chaque voie est un dialogue avec la paroi et avec soi-même. Les premières prises sont hésitantes. Le corps doit s’adapter à ce style de grimpe si particulier, tout en surplombs et en mouvements dynamiques.
Pourtant, la magie opère. Mètre après mètre, la confiance s’installe. Le cerveau se concentre sur le mouvement suivant, oubliant le vide en dessous. C’est là toute la beauté de ce sport : un exercice de pleine conscience où le mental est aussi important que le physique. Surmonter sa peur en escalade devient alors le véritable objectif.
Les falaises mythiques de Tonsai
Tonsai regorge de secteurs, chacun avec son caractère et ses défis. Avec des centaines de voies allant du 5c pour les débutants au 8c pour l’élite mondiale, tout le monde y trouve son compte.
Tonsai Roof & Dum’s Kitchen
Impossible de parler de Tonsai sans mentionner Tonsai Roof, cette immense vague de roche déversante directement sur la plage. C’est l’icône du lieu, un passage obligé pour la photo souvenir, mais surtout un défi physique majeur avec ses concrétions uniques. Juste à côté, Dum’s Kitchen offre une densité de voies incroyable, dont la fameuse “Greed”, l’une des plus difficiles du coin.
Thaiwand Wall & les grandes voies
Pour ceux qui aiment prendre de la hauteur, des falaises comme Thaiwand Wall proposent des voies de plusieurs longueurs avec une vue imprenable sur la mer. Des itinéraires comme “Lord of the Thais” (7b) ou “Orange Juice” (7b+) sont des classiques absolus, comme le souligne le guide de référence Railay.com. Grimper ces murs est une expérience totale, une immersion verticale entre ciel et mer.
D’autres secteurs comme Tiger Wall, Cobra Wall ou Cat Wall complètent ce tableau idyllique, offrant une diversité qui pourrait occuper un grimpeur pendant des mois.
Guide pratique pour une aventure à Tonsai
Même si l’escalade est officiellement interdite en Thaïlande depuis 2017, elle est largement tolérée à Tonsai, qui reste une destination phare. Pour profiter au mieux de votre séjour, voici quelques conseils.
Quand et comment s’y rendre ?
La meilleure saison s’étend de novembre à mars, pendant la période sèche. Pour rejoindre Tonsai, il faut prendre un vol jusqu’à Krabi, puis un taxi jusqu’à Ao Nang, d’où partent les “long tail boats” qui font la navette jusqu’à la plage.
Conseils sur place
- Gérer le soleil : Il est possible de grimper à l’ombre toute la journée en changeant de falaise. Le matin sur Tonsai Wall, l’après-midi sur Tyrolean Wall par exemple.
- Attention aux moustiques : À la tombée de la nuit, ils sont particulièrement voraces. Un bon répulsif est indispensable.
- Prudence sur la plage : Des éclats de verre peuvent se cacher dans le sable, il est donc conseillé de garder ses sandales.
- Usure du rocher : En haute saison, les voies les plus faciles peuvent être “polies” par les nombreux passages, rendant les prises et les pieds plus glissants.
Comme le mentionne le site World Tour Outdoor Experience, Tonsai est véritablement un “paradis pour grimpeurs” qui demande simplement un peu de préparation.
Plus qu’un sport, une introspection
Cette première semaine à Tonsai a été une véritable leçon. J’ai appris à faire confiance à ma corde, à mon partenaire, mais surtout à moi-même. J’ai touché du doigt ce qui fait l’essence de l’escalade outdoor : l’engagement, le dépassement de soi et l’humilité face à la nature.
La peur ne disparaît jamais complètement. Elle est là, tapie dans un coin de l’esprit. Mais elle se transforme. Elle devient un moteur, un signal d’alarme qui pousse à la concentration et au respect du rocher. Ce carnet de grimpe n’est qu’à sa première page, mais je sais déjà que ce voyage au cœur de l’Asie sera avant tout un voyage intérieur. La suite au prochain épisode.
