Le verdict est tombé : Erwan Legrand propose 9b pour le Bombé Bleu
Le monde de l’escalade retenait son souffle, et la réponse est enfin arrivée. Un peu plus d’un mois après avoir réalisé la première ascension historique du « Bombé Bleu » à Buoux, le jeune prodige français Erwan Legrand a officiellement proposé une cotation pour cette voie légendaire. Le chiffre annoncé, 9b, confirme le statut de cette ligne comme l’une des plus difficiles au monde.
Équipée en 1991 par Marc Le Ménestrel, cette voie est restée un projet inaccessible pendant près de 35 ans, repoussant les assauts des plus grands noms de la discipline. L’annonce d’Erwan, faite sur ses réseaux sociaux, met fin à des semaines de spéculations intenses au sein de la communauté des grimpeurs, qui hésitait entre un 9a+ solide et un 9b retentissant.
Une cotation mûrement réfléchie
Loin de se précipiter, Erwan Legrand, du haut de ses 17 ans, a pris le temps d’analyser son effort et de comparer cette performance à ses autres expériences dans le très haut niveau. Il explique lui-même avoir longuement hésité. Au départ, ses impressions le poussaient vers une évaluation légèrement inférieure.
« Après ma neuvième séance dans la voie, où j’avais réussi le crux deux fois et frôlé l’enchaînement, j’étais convaincu que la voie ne serait “que” un bon 9a+. »
Cependant, la réalité de l’enchaînement complet depuis le sol a changé sa perspective. La difficulté d’une voie ne se résume pas à son mouvement le plus dur, mais bien à la capacité de lier toutes les sections dans un effort continu.
La véritable difficulté : bien plus qu’un simple crux
Le « Bombé Bleu » est célèbre pour son crux, un mouvement d’une complexité folle : un jeté spectaculaire partant d’une prise pour un seul doigt (un « mono-doigt ») pour atteindre une petite réglette à deux doigts. Un mouvement qui rappelle la légendaire « Action Directe », première voie cotée 9a de l’histoire. Mais réduire la voie à ce seul passage serait une erreur, comme l’a découvert Erwan.
Le grimpeur explique :
« Je n’avais pas réalisé à quel point le crux rendait la section suivante plus difficile dans l’enchaînement. Et je n’avais pas non plus mesuré à quel point les quelques mouvements avant le crux ajoutaient à la difficulté. »
La preuve de cette exigence globale ? Ses multiples tentatives. Au total, Erwan est tombé à quatre reprises dans la section finale, un solide 8c+, après avoir déjà passé le crux. Sa dernière chute a même eu lieu le jour de sa réussite, preuve de l’engagement mental et physique total requis jusqu’au dernier mouvement.
Une méthode unique : l’ascension pieds nus
L’exploit d’Erwan Legrand est d’autant plus singulier qu’il a été réalisé pieds nus. Ce choix, qui peut paraître surprenant, est une marque de fabrique du jeune grimpeur. Pour lui, cette méthode lui permet de mieux « griffer » les prises de pied et de maintenir une tension corporelle optimale. Fait fascinant, il estime que cette technique lui facilite la tâche.
« Avec des chaussons, ce serait encore plus difficile pour moi. C’est pourquoi je propose 9b pour cette voie légendaire ! »
Cette particularité ajoute une couche de complexité à l’évaluation de la voie. La cotation de 9b est donc proposée sur la base de sa propre méthode, qui ne sera peut-être pas reproductible par tous.
Une page de l’histoire de l’escalade se tourne
Situé sur la falaise mythique de Buoux, dans le Luberon, le « Bombé Bleu » était l’un des derniers grands défis de l’escalade sportive. Depuis son équipement par Marc Le Ménestrel, la voie a vu défiler une véritable élite mondiale. Des légendes comme Ben Moon, Chris Sharma, Fred Rouhling, ou plus récemment Alex Megos et Nicolas Pelorson, s’y sont essayées sans succès.
L’ascension d’Erwan Legrand, fils du triple champion du monde François Legrand, n’est donc pas anodine. Elle symbolise le passage de flambeau à une nouvelle génération capable de repousser des limites que l’on pensait infranchissables.
Et maintenant ? L’épreuve des répétiteurs
En escalade, une cotation proposée lors d’une première ascension doit être confirmée par de futurs répétiteurs. C’est désormais le prochain chapitre qui s’ouvre pour le « Bombé Bleu ». Erwan Legrand en est bien conscient : « On verra maintenant ce que les prochains grimpeurs en penseront. »
Avec cette proposition à 9b, la voie entre potentiellement dans le panthéon des lignes les plus dures de France et du monde. Le défi est lancé. Reste à savoir qui sera le prochain à oser se frotter à ce monument de calcaire et si la cotation résistera à l’épreuve du temps.
