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Benjamin Védrines : Récit de son ascension historique du Jannu Est

Benjamin Védrines : Récit d’un exploit historique sur le Jannu Est

L’alpinisme moderne vient de vivre l’une de ses plus belles pages. Le Français Benjamin Védrines, accompagné de Nicolas Jean, a réalisé la toute première ascension du Jannu Est, un sommet népalais de 7 468 mètres resté inviolé jusqu’alors. Un exploit majuscule, réalisé dans le style le plus pur, qui repousse les limites de la performance en haute altitude. Récit d’une aventure hors norme, entre engagement total et émotions pures.

Le Jannu Est : l’un des derniers grands défis de l’Himalaya

Certains sommets, par leur difficulté et leur isolement, nourrissent les rêves des alpinistes les plus audacieux. Le Jannu Est, dans le massif du Kangchenjunga au Népal, était de ceux-là. Considéré comme l’un des “derniers grands problèmes des Himalayas”, ce géant de 7 468 mètres n’avait jamais été gravi.

Sa redoutable face nord de 2 300 mètres, un mur de glace et de roche vertical et menaçant, a longtemps découragé les expéditions. C’est pourtant cette voie que Benjamin Védrines et Nicolas Jean ont choisie pour écrire l’histoire. Une décision qui témoigne de leur ambition et de leur niveau technique exceptionnel.

Une ascension en style alpin : l’éthique de la performance

Pour ajouter à la difficulté, les deux hommes se sont lancés dans cette aventure en style alpin. Cette approche est considérée comme la plus pure et la plus engagée en alpinisme.

Concrètement, cela signifie :
* Pas d’oxygène supplémentaire, malgré une altitude où l’air se raréfie dangereusement.
* Pas de cordes fixes installées à l’avance pour sécuriser la progression.
* Pas de soutien de sherpas pour porter le matériel.

L’équipe se limite à une cordée légère et rapide, qui porte tout son équipement du début à la fin. C’est un engagement total, où chaque décision et chaque mouvement comptent. Comme le rapporte le média spécialisé PlanetMountain, cette première ascension était particulièrement convoitée.

Un contre-la-montre de quatre jours

L’ascension a été une véritable course contre les éléments. Partis du camp de base avancé (ABC) le 13 octobre à 5h30 du matin, les deux alpinistes ont atteint le sommet le 15 octobre. Trois jours d’efforts surhumains pour gravir la paroi, suivis d’une journée entière consacrée à une descente périlleuse.

Récit d’une épopée : au cœur de l’effort extrême

Benjamin Védrines a partagé le récit de cette aventure, la décrivant comme le “point culminant de sa carrière d’alpiniste”. Une expérience qui, selon ses propres mots, “change sa vie”. Il évoque une intensité absolue, un état de concentration extrême où la lucidité se mêle à l’épuisement.

Les conditions étaient dantesques. La cordée a dû affronter des températures glaciales de -20°C et bivouaquer à 6 200 mètres dans des conditions précaires. L’arête finale, particulièrement exposée et cornichée, a représenté un défi mental et physique de tous les instants. Un moment de doute est même survenu lorsqu’un faux sommet, repéré grâce à un drone, a obligé les grimpeurs à poursuivre leur effort alors qu’ils pensaient être arrivés.

La préparation, clé du succès

Un tel exploit ne s’improvise pas. En septembre, pour s’acclimater à la haute altitude, Védrines et Jean avaient déjà réalisé une autre première : l’ascension de l’Anidesh Chuli (6 808 m). Cette préparation a été cruciale pour habituer leur organisme au manque d’oxygène.

Cette réussite vient également effacer la déception d’une tentative précédente en 2024. À l’époque, Benjamin Védrines avait dû rebrousser chemin car son coéquipier, Léo Billon, souffrait du mal aigu des montagnes. Cet échec a sans doute renforcé sa détermination.

La descente : 50 rappels pour la sécurité

Atteindre le sommet n’est que la moitié du chemin. La descente du Jannu Est s’est avérée tout aussi technique et dangereuse que la montée. Près de 50 rappels ont été nécessaires pour que les deux hommes puissent regagner la sécurité du camp de base, sains et saufs.

Le soulagement et l’émotion étaient immenses à leur retour, un sentiment partagé par toute l’équipe au sol qui a suivi leur progression avec anxiété. Le succès de l’expédition a été rapidement confirmé par des médias comme ExplorersWeb, annonçant que Védrines et Jean avaient atteint le sommet.

Un exploit à revivre en images

Cette aventure humaine et sportive a été documentée. Un film et des interviews permettent de plonger au cœur de l’action et de mieux comprendre l’ampleur de la performance. Pour ceux qui souhaitent en savoir plus, un documentaire est disponible sur YouTube, offrant des images spectaculaires de l’ascension.

En repoussant les frontières de l’alpinisme, Benjamin Védrines et Nicolas Jean ne se contentent pas d’ajouter une ligne à leur palmarès. Ils nous rappellent, comme le dit si bien Védrines, que “à l’heure actuelle, on a l’impression d’avoir été sur chaque mètre carré de la terre, mais pas du tout”. Il reste encore des territoires à explorer, des défis à relever et de magnifiques histoires à écrire.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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