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Benjamin Védrines : l’alpiniste met sa carrière sur pause pour 8 mois de silence et de solitude

Benjamin Védrines : l’alpiniste star met sa carrière sur pause pour 8 mois de silence et de solitude

Le 14 février 2026, l’alpiniste français Benjamin Védrines a surpris le monde de la montagne. Via un message sobre et une vidéo sans un mot, il a annoncé son départ pour une aventure de huit mois, loin de tout. Une parenthèse nécessaire pour un athlète hors norme qui ressent le besoin de se déconnecter pour mieux se retrouver.

Imaginez la scène. Un athlète au sommet de sa gloire, suivi par plus de 250 000 personnes, qui décide de tout couper. Plus de messages, plus de vidéos, plus de nouvelles. C’est le choix radical de Benjamin Védrines, 33 ans, l’un des alpinistes les plus doués de sa génération. Après une année 2025 exceptionnelle, marquée par l’ascension de la face nord vierge du Jannu Est, il tourne le dos au bruit médiatique pour une quête intérieure.

Son annonce, aussi poétique que mystérieuse, donne le ton. Une simple feuille de papier, huit mots pour guider huit mois d’aventure : Simplicité, Long, Seul, Lenteur, Silence, Éloignement, Intransigeant. Et au centre, en majuscules : ALPINISME. Le message est clair : il s’agit d’un retour à l’essence même de sa passion, loin de la course à la performance et de l’exposition publique.

La fin d’un cycle et le besoin de se réinventer

Cette décision n’est pas un coup de tête. Elle est le fruit d’une longue réflexion pour celui qui, malgré les succès, avoue que « l’alpinisme ne m’a pas appris à vivre ». Cette phrase, empruntée à l’alpiniste Christophe Moulin, résonne profondément en lui. Les retours d’expéditions sont de plus en plus difficiles, le décalage avec la vie “normale” de plus en plus grand.

L’année passée a été particulièrement intense. Entre l’exploit himalayen au Jannu Est avec son compagnon de cordée Nicolas Jean, et la promotion de son autobiographie poignante, « Solitude », Védrines a été sur tous les fronts. Une surexposition qui, pour cet homme en quête d’absolu, a un coût.

« Franchement, j’ai du mal. Et avec les médias, c’est sûr que ça rajoute aussi beaucoup de charge mentale. C’est un mix de tout. En fait, tu te rends compte d’une certaine forme de toxicité que peuvent avoir les expéditions », confiait-il récemment.

Il sentait le besoin de prendre l’air, de s’éloigner de la pression, qu’elle vienne des sponsors, des médias ou même de son propre caractère exigeant.

Un athlète qui assume ses failles

Ce qui rend Benjamin Védrines si attachant, c’est sa capacité à parler de ses doutes et de ses peurs. Dans un milieu souvent perçu comme “macho”, il n’hésite pas à se mettre à nu. Son livre a été une première étape pour “casser les codes” et montrer qu’il n’est pas la machine que certains imaginent.

Il reconnaît que la plus grande pression ne vient pas de l’extérieur. « Ce ne sont pas les médias qui vont me faire mettre la barre plus haut. C’est plutôt mon caractère et c’est ce dont j’ai le plus peur », explique-t-il. Cette pause est aussi une manière de reprendre le contrôle, de s’assurer que ses choix sont dictés par son désir profond et non par une spirale de performance.

Sa situation personnelle, redevenu célibataire, a également joué un rôle. Il voit cette période comme une fenêtre d’opportunité unique pour se lancer dans un projet aussi personnel et engageant.

« Je souhaite capitaliser sur cette période-là, parce que ça peut ne pas durer longtemps », avoue-t-il.

Vers un alpinisme plus humain et introspectif

Alors, à quoi ressemblera ce “projet 2026” ? Védrines reste discret sur la destination, évoquant simplement “un peu plus à l’Ouest” que le Népal. L’important n’est pas le lieu, mais la manière. Il ne s’agit pas de battre des records de vitesse ou de gravir des sommets techniques.

L’objectif est de vivre une expérience différente, marquée par la lenteur et la solitude, pour se reconnecter à l’essentiel.

« L’idée est de sortir de ma zone de confort pour aller vers la montagne, mais différemment, avec une dimension humaine forte et une dimension temporelle différente, plus large. Je pense que ça peut… Ça peut vraiment marquer mon existence », nous disait-il en novembre dernier.

L’ascension du Jannu a été un tournant. Un accomplissement si fort qu’il lui permet aujourd’hui de s’autoriser cette longue parenthèse, sans craindre de perdre son niveau ou sa place dans le monde de l’alpinisme.

« J’ai 33 balais, je suis capable de passer à autre chose, et surtout je sens que j’ai besoin de ce genre de trucs. J’en rêve depuis des années. J’ai besoin de vivre autre chose. C’est important de se réinventer un petit peu. »

Le monde de la montagne retient son souffle et attendra l’automne 2026 pour retrouver un Benjamin Védrines qui, sans aucun doute, sera transformé par ce voyage au bout de la solitude. Une aventure qui nous rappelle que la plus grande des ascensions est parfois celle que l’on mène à l’intérieur de soi.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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