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Benjamin Ribeyre, Figure de l’Alpinisme à La Grave, Disparaît Tragiquement dans les Écrins

Le monde de la montagne pleure l’un des siens

La nouvelle a frappé la communauté des sports outdoor comme un choc. Benjamin Ribeyre, guide de haute montagne, alpiniste d’exception et figure emblématique de La Grave, nous a quittés à l’âge de 34 ans. Le mardi 24 mars 2026, un accident de ski hors-piste dans le massif des Écrins a emporté l’un des grimpeurs les plus talentueux et respectés de sa génération. Plus qu’un athlète, Benjamin était une voix, un penseur de la montagne, dont l’héritage dépasse largement ses exploits sportifs.

Un accident brutal au cœur des Écrins

Le drame s’est produit en fin de matinée, dans un secteur bien connu des skieurs et alpinistes locaux : le couloir d’Orcière, aussi appelé ‘Roches pourries’, au-dessus de La Grave. Alors qu’il encadrait un client américain, une manœuvre de rappel a tourné au tragique. Selon les premiers éléments de l’enquête confiée à la CRS Alpes de Grenoble, l’ancrage sur lequel la corde était fixée aurait cédé. Benjamin Ribeyre a fait une chute mortelle d’une cinquantaine de mètres le long d’une barre rocheuse.

Malgré l’intervention rapide des secours, incluant la CRS Alpes, le Samu 38 et la Sécurité civile, il n’a pu être réanimé. Son client, légèrement blessé, a été pris en charge. Une enquête a été ouverte par le parquet de Gap pour déterminer les causes exactes de cet accident de montagne qui endeuille toute une vallée.

Benjamin Ribeyre : bien plus qu’un guide

L’histoire de Benjamin Ribeyre avec la montagne n’était pas une évidence familiale, mais une passion viscérale construite pas à pas, avec réflexion et humilité.

Des rêves d’enfant aux sommets

Né en 1991 à Romans-sur-Isère, loin des cimes, il a très tôt été attiré par les glaciers et les sommets. Cette fascination l’a conduit à des études de géologie à Chambéry, une manière scientifique d’approcher son futur terrain de jeu. C’est en s’installant à La Grave qu’il a véritablement trouvé son port d’attache, découvrant d’abord l’escalade, puis le ski qui deviendra l’une de ses disciplines de prédilection.

Il parlait ouvertement de ses débuts, de cette dualité entre l’envie et la peur : « J’ai eu longtemps ce sentiment où j’aimais bien aller en montagne, mais quand j’étais à la maison et que je regardais les topos, ça me faisait peur. C’était du rêve. » Cette approche prudente et réfléchie forgera son caractère d’alpiniste, loin de la simple quête de performance.

L’engagement comme philosophie

Devenu guide de haute montagne en 2017 après un passage remarqué au sein du Groupe Excellence Alpinisme National de la FFCAM, Benjamin Ribeyre s’est illustré par des réalisations majeures. En 2016, à seulement 25 ans, il réalise le solo intégral de la face sud de la Meije (Doigt de Dieu). Une ascension sans corde ni assurance en moins de 3h30, qu’il décrivait non comme une prise de risque, mais comme un besoin personnel, « une confrontation envers moi-même ».

En 2022, il marque à nouveau les esprits avec son compagnon de cordée Fred Degoulet. Ensemble, ils réalisent le premier tour complet de la Mer de Glace par les sommets. Un périple de neuf jours en autonomie, enchaînant seize sommets de plus de 4000 mètres. Un projet qui illustre sa vision de l’alpinisme : une aventure esthétique, une recherche d’itinéraire et une immersion totale dans le milieu.

Une voix engagée pour la montagne

L’engagement de Benjamin Ribeyre ne se limitait pas aux parois. Profondément attaché à son massif, il s’est investi pour sa préservation et pour sa communauté. Ancien président de la Compagnie des guides Oisans-Écrins jusqu’en 2024, il était une voix écoutée et respectée.

Il était notamment connu pour son opposition réfléchie au projet de troisième tronçon du téléphérique de la Meije. Son combat n’était pas une posture, mais le fruit d’une connaissance intime du terrain et d’une volonté de préserver l’âme sauvage de ce lieu unique. Pour lui, la Meije n’était pas un simple décor à consommer. Collaborateur régulier pour Alpine Mag, il partageait ses réflexions sur l’évolution des pratiques, l’impact du changement climatique et la nécessaire sécurité en montagne.

Un hommage unanime de la communauté

Ceux qui l’ont côtoyé décrivent un homme à la fois rigoureux et plein d’humour, un guide intransigeant sur la sécurité mais capable de détendre l’atmosphère dans les moments les plus tendus. L’alpiniste et dessinateur Jean-Marc Rochette, qui a partagé une course avec lui, se souvient :

« Une ascension dans la neige et dans la tempête qui restera inoubliable. Sa grimpe était sûre, fluide, admirable. Il savait raconter, faire rire — avec ce sourire irrésistible. Comme tous ceux qui l’ont connu, je suis sous le choc. »

Benjamin Ribeyre laisse derrière lui une compagne, un enfant, et un vide immense dans le cœur de tous les amoureux de la montagne. Son parcours rappelle que l’alpinisme est une école de vie, d’engagement et d’humilité, mais aussi un environnement où le risque, même maîtrisé, reste une réalité. Il restera une source d’inspiration pour beaucoup, un exemple d’une passion vécue avec intelligence, intensité et un profond respect pour les sommets.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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