L’histoire de l’escalade vient de connaître un nouveau tournant spectaculaire. Un nom résonne désormais dans le monde entier : Beckett Hsin. À seulement 16 ans, ce jeune Américain originaire de Denver a réalisé ce que beaucoup considèrent comme l’impensable, en devenant le plus jeune grimpeur de l’histoire à conquérir un bloc coté 9A (V17), le sommet de la difficulté mondiale.
En réussissant la troisième ascension de « No One Mourns the Wicked » à Thunder Ridge, dans le Colorado, il ne se contente pas de signer une performance sportive. Il pulvérise un record de précocité et s’inscrit durablement dans la légende de son sport. Retour sur un exploit qui redéfinit les limites du possible.
Un prodige à la progression fulgurante
La performance de Beckett Hsin n’est pas un coup du hasard, mais l’aboutissement d’années de travail et d’une progression hors norme. Le jeune homme a fait ses premières armes sur le rocher très tôt, montrant des prédispositions exceptionnelles. Les chiffres parlent d’eux-mêmes et témoignent d’un talent rare.
À seulement 12 ans, alors que la plupart des jeunes de son âge découvrent les joies de la grimpe, Beckett enchaînait déjà son premier V14 (environ 8B+), « Spatial Awareness Low ». C’était le premier signe d’une carrière qui s’annonçait prometteuse. Loin de se reposer sur ses lauriers, il a continué à gravir les échelons de la difficulté avec une régularité déconcertante.
En 2023, il ajoute « The Game » (V15) à son tableau de chasse. Puis, en septembre 2025, il frappe un grand coup en répétant « Creature of the Black Lagoon » (V16), un bloc mythique du Rocky Mountain National Park. Un mois plus tard, il confirme sa forme éblouissante en réalisant « Defying Gravity » (V15) en une seule journée. Cette ascension rapide était un prélude à son plus grand défi à ce jour.
« No One Mourns the Wicked », un défi à la gravité
« No One Mourns the Wicked » n’est pas un bloc comme les autres. C’est un véritable monstre de force, de technique et de résistance, une ligne qui ne pardonne aucune erreur. Situé à Thunder Ridge, ce passage est une extension d’un autre problème déjà extrême, « Defying Gravity ».
La genèse d’un monstre de pierre
La première ascension de ce bloc a été réalisée par l’olympien américain Nathaniel Coleman le 3 décembre 2024, après 14 sessions de travail acharné. Il a été le premier à proposer la cotation de 9A, confirmant son statut de l’un des blocs les plus durs au monde. Quelques mois plus tard, le 4 mai 2025, le Britannique Hamish McArthur a stupéfié la communauté en réalisant la deuxième ascension en une seule session, une première mondiale pour un bloc de ce niveau.
L’ascension de Beckett Hsin est donc la troisième de l’histoire, le plaçant aux côtés de deux des plus grands noms de l’escalade actuelle. Une compagnie prestigieuse pour un grimpeur de 16 ans.
Une séquence de mouvements extrêmes
Pour comprendre la difficulté de « No One Mourns the Wicked », il faut se pencher sur sa composition. Le bloc totalise 21 mouvements d’une intensité rare. Il commence par une section de neuf mouvements cotée environ 8B (V13), qui sert déjà d’écrémage pour l’élite mondiale.
Mais le plus dur reste à venir. Cette première partie mène directement à la séquence de 12 mouvements de « Defying Gravity » (V15). Le passage clé, ou crux, est le tout premier mouvement de cette seconde section. Il est décrit par les spécialistes comme « l’un des mouvements les plus difficiles jamais réalisés » sur un rocher. Il exige une combinaison parfaite de puissance, de gainage et de précision. Enchaîner ces 21 mouvements sans tomber relève de l’exploit pur.
Plus fort que la maladie : un mental d’acier
Ce qui rend la performance de Beckett Hsin encore plus admirable, c’est le contexte personnel dans lequel elle s’inscrit. Le jeune grimpeur a dû faire face à des défis bien au-delà des prises et du rocher. Il a notamment lutté contre la maladie de Lyme, une pathologie qui peut provoquer une fatigue intense, des douleurs articulaires et des troubles neurologiques.
Surmonter une telle épreuve tout en s’entraînant pour le plus haut niveau mondial témoigne d’une force mentale et d’une résilience exceptionnelles. Cette ascension n’est pas seulement une victoire physique, c’est aussi une victoire sur l’adversité, une source d’inspiration pour de nombreux athlètes confrontés à des problèmes de santé.
Le 9A bloc, le panthéon de l’escalade mondiale
Atteindre la cotation 9A en bloc, c’est entrer dans un cercle extrêmement fermé. Ce niveau de difficulté a été proposé pour la première fois en 2016 par le Finlandais Nalle Hukkataival lors de son ascension de « Burden of Dreams ». Depuis, très peu de grimpeurs ont réussi à atteindre ce niveau.
Aujourd’hui, le « club V17 » compte seulement 23 membres à travers le monde. En réalisant « No One Mourns the Wicked », Beckett Hsin devient le 23ème membre de cette élite, et de loin le plus jeune. Il a d’ailleurs enregistré son ascension comme un « soft V17 » sur la plateforme 8a.nu, montrant une humilité qui force le respect.
Cette performance historique pose inévitablement la question de l’avenir. Jusqu’où ira Beckett Hsin ? Avec une telle maturité et un tel talent à seulement 16 ans, il semble n’avoir aucune limite. Il incarne une nouvelle génération de grimpeurs qui repoussent constamment les frontières de leur sport. Le monde de l’escalade et des sports outdoor a les yeux rivés sur lui, impatient de voir quel sera son prochain chapitre.
