Certaines histoires de sportifs semblent tout droit sorties d’un scénario de film. Celle d’Andrew Leich en fait partie. Ce grimpeur de Virginie-Occidentale n’a pas seulement repoussé ses limites physiques ; il les a redéfinies après avoir frôlé le pire. Mordu par un serpent à sonnette et laissé paralysé, il a non seulement réappris à grimper, mais il a aussi ouvert une des voies les plus audacieuses de sa région, « The Voice of Rushing Waters » (5.13a).
Le Venin et la Volonté : Un Combat pour la Vie
En 2023, la vie d’Andrew Leich bascule. Lors d’une randonnée avec son chien, une morsure de serpent à sonnette injecte un puissant neurotoxique dans son organisme. Les effets sont immédiats et terrifiants. « Dans l’ambulance en route vers l’hôpital, tout ce que je pouvais faire, c’était cligner des yeux », raconte-t-il. Il se décrit comme vivant une « expérience surréaliste d’être complètement piégé dans son propre corps ».
La paralysie est quasi totale. Le chemin vers la guérison s’annonce long et semé d’embûches. La récupération est un véritable combat, marqué par des lésions nerveuses sévères et une atrophie musculaire. Le grimpeur, qui travaillait des projets en 5.14c quelques semaines auparavant, se retrouve incapable de marcher.
Réapprendre à Grimper : Du V0 au Sommet de son Art
Un Retour à la Case Départ
Un mois après l’accident, Andrew tente de retrouver la sensation du rocher. L’épreuve est brutale. « J’ai essayé une dalle en V0 dans la forêt, et je ne pouvais même pas me tenir au mur », confie-t-il. Son corps, secoué de tremblements, refuse d’obéir. Il doit réapprendre chaque mouvement, repartir de zéro.
Pourtant, ce retour forcé aux bases de l’escalade lui offre une perspective nouvelle. En pleine rédaction de son deuxième guide sur la région, cette faiblesse inattendue lui permet de voir les blocs pour débutants avec un regard neuf. « Soudain, tous ces blocs en V0 et V2 sont devenus des projets incroyables pour moi », explique-t-il. Une façon de redécouvrir sa passion sous un autre angle.
« The Voice of Rushing Waters » : Un Défi Audacieux à Coopers Rock
Même en pleine convalescence, avec des séquelles neurologiques persistantes, l’esprit d’Andrew Leich est déjà tourné vers un nouveau défi. Une ligne évidente et majestueuse qui le hante depuis des années : un toit horizontal de plus de 10 mètres, à 8 mètres du sol, dans la forêt d’État de Coopers Rock.
Le problème est de taille : la voie ne présente aucune fissure pour placer des protections naturelles, et le forage de spits est strictement interdit. Comment travailler une voie aussi exposée sans pouvoir s’assurer ? Le risque d’une chute grave sur un sol rocheux et en pente est immense.
L’Ingéniosité au Service de la Performance
Une Tyrolienne pour Dompter le Toit
Face à ce casse-tête, Andrew Leich fait preuve d’une créativité remarquable. Pour s’entraîner sur la voie, il met au point un système de corde unique, s’apparentant à une tyrolienne. Après avoir grimpé une fissure facile pour atteindre le sommet du rocher, il installe deux points d’ancrage de part et d’autre du toit et tend une corde statique entre eux.
Suspendu à cette ligne de vie horizontale, il peut se déplacer le long de la voie, nettoyer les prises et répéter les mouvements en toute sécurité. Ce système ingénieux lui permet non seulement de s’entraîner, mais aussi d’envisager une première ascension en solo encordé. Après quelques ajustements, son « slingshot system » est prêt. « J’ai pris une chute à mi-parcours, et ça a marché ! », s’enthousiasme-t-il.
L’Ascension : La Consécration d’un Retour Héroïque
Le 13 août, grâce à son invention, Andrew Leich réalise la première ascension de la voie, qu’il baptise « The Voice of Rushing Waters » et cote 5.13a. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Moins de deux semaines plus tard, se sentant suffisamment en confiance, il revient et gravit la voie en solo intégral, sans aucune corde, avec seulement quelques crash pads disposés sous le passage clé. Un exploit mental et physique monumental, immortalisé par Climbing Magazine.
Cette réalisation marque son retour au plus haut niveau, comme le confirme un autre article de Climbing Magazine. Pour lui, c’est une victoire sur l’adversité, une preuve que sa détermination a payé. Il a même depuis réussi le projet en 5.14c qu’il travaillait avant sa morsure.
La Voix des Grandes Eaux : Symbolisme et Dépassement de Soi
Le nom de la voie, « La Voix des Grandes Eaux », est une référence biblique. Il évoque pour Andrew un mélange de crainte et de respect, des sentiments similaires à ceux qu’il éprouve face à ce toit imposant. « Quand je lève les yeux vers ce toit, je ressens ce même genre de peur saine et de révérence », dit-il. « C’est le genre de peur qui vous attire, pas celle qui vous fait fuir. »
L’histoire d’Andrew Leich est bien plus qu’une simple performance sportive. C’est une leçon de résilience, d’innovation et de force mentale. Elle nous rappelle que les plus grands obstacles peuvent devenir la source des plus belles réussites, et que la passion est un moteur capable de nous faire surmonter l’impensable.
