Stefano Ghisolfi dompte une légende de l’escalade
Dans le monde de l’escalade, certains noms de rochers résonnent plus fort que d’autres. Ce ne sont pas toujours les plus difficiles, mais ce sont ceux qui ont marqué l’histoire, repoussé les limites du possible et inspiré des générations de grimpeurs. ‘Dreamtime’, à Cresciano en Suisse, est l’un de ces monuments. Et aujourd’hui, un nouveau nom vient s’ajouter à la liste prestigieuse de ses réalisateurs : celui de l’Italien Stefano Ghisolfi.
Connu comme l’un des meilleurs grimpeurs de falaise au monde, Ghisolfi prouve depuis plusieurs mois qu’il est aussi un compétiteur redoutable en bloc. En cochant ‘Dreamtime’, il ne fait pas que réussir un passage extrêmement difficile ; il s’inscrit dans la grande histoire de sa discipline.
‘Dreamtime’, bien plus qu’un simple bloc
Le premier 8C de l’histoire ?
Pour comprendre l’importance de cette performance, il faut remonter à l’an 2000. À cette époque, le grimpeur suisse Fred Nicole, une véritable légende, réalise la première ascension de cette ligne futuriste. Il propose une cotation jamais vue auparavant en bloc : 8C. Pour les non-initiés, l’escalade de bloc consiste à grimper des rochers de faible hauteur sans corde, où la difficulté se concentre sur quelques mouvements d’une intensité extrême. La cotation 8C représentait alors un saut dans l’inconnu, le plus haut niveau jamais atteint.
‘Dreamtime’ est instantanément devenu une icône, le bloc que tous les meilleurs grimpeurs de la planète voulaient essayer. Il a défini une nouvelle ère pour le bouldering de haut niveau.
Une cotation qui a fait l’objet de débats
Comme souvent avec les premières d’un niveau aussi élevé, la cotation de ‘Dreamtime’ a été discutée. Certains des premiers répétiteurs, comme les légendes Dave Graham ou Adam Ondra, ont suggéré qu’elle pourrait être plus proche du 8B+. Mais un événement est venu mettre tout le monde d’accord : en 2009, une prise cruciale a cassé, rendant la section clé du bloc nettement plus difficile.
Depuis cette modification, un consensus s’est établi autour de la cotation originelle de 8C. La liste des grimpeurs qui ont réussi à en venir à bout est un véritable ‘who’s who’ de l’escalade mondiale : Paul Robinson, Giuliano Cameroni, Yannick Flohé… Plus récemment, en 2024, l’Américaine Michaela Kiersch est devenue la première femme à le réussir, rapidement suivie par la championne olympique Janja Garnbret.
La transition fulgurante de Stefano Ghisolfi vers le bloc
D’expert de la corde à maître du bloc
La performance de Stefano Ghisolfi est d’autant plus impressionnante qu’il vient du monde de l’escalade de ‘difficulté’, qui se pratique avec une corde sur de hautes falaises et demande avant tout de l’endurance. Le bloc, lui, exige une puissance explosive et une force maximale sur très peu de mouvements. Passer de l’un à l’autre avec un tel succès est rare.
Pourtant, depuis près d’un an, l’Italien enchaîne les performances de classe mondiale en bloc. Il a accumulé plusieurs 8C à travers l’Europe et a même atteint le niveau supérieur en février avec ‘Gioia’ (8C+). Sa réussite dans ‘Dreamtime’ est la confirmation éclatante de sa polyvalence et de son talent exceptionnel.
Une histoire personnelle avec ce rocher
Ce succès a une saveur particulière pour Ghisolfi. Il a raconté avoir essayé ce bloc pour la première fois il y a près de 15 ans, sans aucune ambition, juste pour le plaisir de toucher ces prises mythiques. Ce n’est que cette année qu’il est revenu avec la ferme intention de le grimper.
Et sa détermination a payé. Faisant preuve d’une efficacité redoutable, il a réussi à enchaîner tous les mouvements et à atteindre le sommet en seulement quatre séances de travail. Une rapidité qui témoigne de sa forme actuelle et de sa parfaite maîtrise technique.
Quels prochains défis pour l’infatigable Italien ?
Comme à son habitude, Stefano Ghisolfi ne compte pas s’arrêter là. Son passage à Cresciano a été particulièrement productif, puisqu’il a également profité de son séjour pour répéter un autre bloc mythique de la région, ‘The Story of Two Worlds’ (8C).
Ses yeux sont désormais tournés vers un projet encore plus ambitieux : ‘The Story of Three Worlds’, coté 8C+. Il a d’ailleurs déjà montré qu’il en était capable en validant la section finale du bloc, ‘The Dagger’ (8B). Tout laisse à penser qu’une tentative sérieuse pourrait avoir lieu très prochainement, si les conditions météorologiques le permettent.
La communauté de l’escalade retient son souffle. Stefano Ghisolfi est en train d’écrire l’une des pages les plus excitantes de sa carrière, et il semble que le meilleur soit encore à venir. Une affaire à suivre de très près !
