Un point de protection qui lâche, une chute de 15 mètres la tête la première et un sauvetage épique. Récit d’un accident d’escalade à Red Rocks qui aurait dû être fatal, mais qui, grâce à une chaîne de bons réflexes et un casque, s’est transformé en une incroyable histoire de survie.
Quand l’hélicoptère des secours s’est approché de la paroi du Dark Shadows Wall à Red Rocks, l’officier Jared Wicks n’a pas eu besoin de chercher longtemps. Une longue traînée de sang sur le grès ocre lui indiquait précisément où se trouvait le grimpeur blessé. « Nous les avons remarqués immédiatement, de loin », a-t-il confié à Climbing.com. « Il y avait pas mal de sang sur la paroi. »
Un jour parfait qui vire au cauchemar
Ce 28 février, tout semblait pourtant réuni pour une journée d’escalade parfaite. Jarred Jackman, un grimpeur expérimenté de 50 ans, et son partenaire Danny Urioste, s’attaquaient à Dream Safari (5.11a), une voie réputée de Red Rock Canyon. Les sensations étaient bonnes, la confiance au rendez-vous.
Dans la deuxième longueur, approchant du crux, Jarred place un coinceur quelques mètres sous lui. Une protection qu’il juge « en béton ». Confiant dans son matériel et ses capacités, il continue de grimper, s’élevant à environ trois mètres au-dessus de son dernier point. C’est alors que l’impensable se produit. Sans crier gare, il dévisse.
La chute : 15 mètres, la tête la première
La chute aurait dû être courte, enrayée par le coinceur. Mais pour une raison encore mystérieuse, la corde se déconnecte du point d’assurage. Jarred Jackman plonge dans le vide. Une chute terrifiante de 12 à 15 mètres qui se termine par un impact d’une violence inouïe, la tête la première contre la paroi.
Inconscient, gravement blessé, il ne doit sa survie qu’à une série de réflexes cruciaux. Son partenaire, Danny Urioste, réagit instantanément. Il appelle le 911, le descend sur une petite vire et comprime la plaie béante sur sa tête pour stopper l’hémorragie. Chaque seconde compte.
Un sauvetage héroïque de sept heures
L’alerte est classée « priorité niveau un ». L’équipe de recherche et de sauvetage (SAR) de la police de Las Vegas (LVMPD) se déploie. Mais le terrain est complexe. L’hélicoptère ne peut pas s’approcher. Les sauveteurs, menés par l’officier Wicks, sont déposés 150 mètres au-dessus de la victime. Ils doivent descendre en rappel pour l’atteindre.
Une heure et demie après l’accident, ils rejoignent Jarred. Le constat est alarmant. « On aurait dit que la tête avait été le premier point d’impact », explique Wicks. « Il portait un casque, ce qui lui a sauvé la vie, mais il avait deux lacérations très méchantes. Je pouvais voir son crâne. »
Commence alors une opération de sauvetage complexe et périlleuse qui durera sept heures. L’équipe médicalise Jarred sur la paroi, l’installe dans une civière en titane et l’évacue en la descendant le long de la falaise jusqu’au sol. Un véritable exploit technique et humain.
Analyse de l’accident : la « Loi de Murphy » en pleine paroi
Comment un tel accident a-t-il pu se produire ? L’enquête post-accident révèle une convergence de facteurs malheureux. Le coinceur était parfaitement en place. Cependant, le mousqueton reliant la corde à la sangle a été retrouvé plus bas sur la corde, près du baudrier de Jarred. Il s’est mystérieusement déclipsé de la sangle.
Plusieurs hypothèses sont avancées :
- Une corde rigide : Le duo utilisait une corde Edelrid avec une gaine en aramide, connue pour sa rigidité, qui aurait pu faciliter un mouvement de retour du mousqueton.
- Un mousqueton sensible : Le modèle utilisé, un Black Diamond Oz, a une gâchette très fluide. Idéal pour clipper, mais peut-être plus susceptible de s’ouvrir sous certaines contraintes.
- Un retournement fatal : Le mou soudain créé par le déclipage aurait pu s’enrouler autour de sa jambe, le faisant basculer la tête en bas. Une brûlure de corde derrière son genou semble confirmer cette théorie.
« C’était la loi de Murphy », conclut l’officier Wicks, faisant référence à l’adage selon lequel « tout ce qui est susceptible de mal tourner, tournera mal ».
Les facteurs clés de la survie
Si Jarred Jackman est en vie aujourd’hui, c’est grâce à une combinaison d’éléments essentiels.
Le casque : Son casque Black Diamond Vapor s’est pulvérisé sous le choc, absorbant l’énergie qui aurait dû être fatale. « Ce casque a sauvé à 100% la vie de notre victime », affirme Wicks. C’est le troisième casque que Jarred casse dans sa vie de sportif, et à chaque fois, il l’a protégé d’une blessure grave.
La réactivité de son partenaire : L’appel rapide et précis de Danny Urioste a été déterminant.
La force mentale du grimpeur : Malgré la douleur et la gravité de ses blessures, Jarred est resté calme et coopératif, facilitant le travail des sauveteurs.
L’efficacité des secours : Le professionnalisme et l’engagement de l’équipe du LVMPD SAR, composée de professionnels et de nombreux volontaires, ont permis une évacuation réussie dans des conditions extrêmes.
Un long chemin vers la guérison
Sorti de l’hôpital début mars, Jarred Jackman a entamé une longue convalescence. Avec plusieurs vertèbres cervicales fracturées (C4, C5, C6) et une artère carotide déchirée, il porte un halo crânien pour immobiliser sa colonne. Pourtant, son moral est intact. « Je suis assis dans mon jardin, les jambes croisées, tranquille », a-t-il raconté au Las Vegas Review-Journal. « Si vous ne voyiez pas ce halo sur moi, vous vous diriez : ‘Oh, c’est un gars tout à fait normal’. »
Cette histoire est un rappel brutal que l’escalade comporte des risques inhérents, même pour les plus expérimentés. Elle souligne, si besoin était, l’importance capitale du port du casque et la nécessité de vérifier et revérifier son matériel. C’est aussi un témoignage poignant de la résilience humaine et de la solidarité qui unit la communauté des montagnards. Une cagnotte GoFundMe a été lancée pour l’aider dans sa convalescence.
