Sean Bailey et le 9c Secret : L’Histoire de l’Ascension la Plus Discrète du Monde
Un exploit monumental gardé secret pendant près d’un an. En mars 2025, le grimpeur américain Sean Bailey a réalisé la première ascension de “Duality of Man”, proposant une cotation de 9c. Cette performance le place au sommet de l’escalade mondiale. Pourtant, il a choisi de se taire, à contre-courant de notre époque. Récit d’une performance historique et d’un silence qui en dit long.
L’annonce qui a surpris la planète grimpe
Imaginez atteindre le plus grand objectif de votre vie sportive et n’en parler à personne. C’est le choix déroutant qu’a fait Sean Bailey. Alors qu’il a clippé le relais de sa voie, la plus dure des États-Unis, en mars 2025, il a attendu janvier 2026, soit onze mois plus tard, pour l’annoncer sobrement sur Instagram.
Dans un monde où chaque performance est partagée instantanément, cette discrétion est un événement en soi. Ce silence volontaire a permis de préserver la pureté de l’instant et de préparer la sortie d’un film, offrant une narration plus profonde à son exploit. Comme le rapportait PlanetMountain, l’annonce a coïncidé avec la promotion du Mellow Film Tour.
“Duality of Man” : un monstre de résistance en Arizona
Mais qu’est-ce que “Duality of Man” ? Il ne s’agit pas de n’importe quelle voie. Située dans la Celebrity Cave à Dry Canyon, en Arizona, cette ligne est une véritable épreuve de force physique et mentale.
Une construction extrême
La voie est une extension de “Lee Majors”, une ligne déjà cotée 9a. Pour atteindre le niveau 9c, Bailey a dû ajouter une section incroyablement difficile :
* Un premier pas de bloc intense pour commencer.
* Une quinzaine de mouvements d’une difficulté estimée à 8C en bloc.
* Le tout, à près de 30 mètres du sol, après avoir déjà grimpé une section très exigeante.
Ce cocktail explosif en fait la cinquième voie au monde proposée à 9c, et la toute première sur le sol américain. Un véritable jalon dans l’histoire de l’escalade.
Le projet d’une vie : quatre ans de travail acharné
Sean Bailey n’a pas conquis ce “monstre” par hasard. Ce projet a représenté quatre années de sa vie et trois saisons de travail intense. Lorsqu’il découvre la voie fin 2021, il est déjà au sommet de son art, sortant d’une saison de Coupe du Monde victorieuse et ayant répété “Bibliographie” (9b+) à Céüse.
Pourtant, “Duality of Man” l’a poussé dans ses derniers retranchements. “Je n’ai jamais grimpé quelque chose d’aussi proche de ma limite !”, confiait-il. Le défi n’était pas seulement de réaliser les mouvements, mais d’arriver au crux final avec assez d’énergie pour l’enchaîner.
Des conditions impitoyables
Le Dry Canyon n’est pas un lieu facile. Bailey a dû composer avec une météo capricieuse et une fenêtre de grimpe extrêmement réduite. La falaise n’était à l’ombre qu’une à deux heures par jour, l’obligeant à une discipline de fer.
“Souvent, un seul essai par jour. Pas plus. Je privilégiais la qualité à la quantité. Il fallait que chaque essai compte.” – Sean Bailey
Cette approche méthodique a été mise à rude épreuve. En janvier 2025, il chute sur le tout dernier mouvement. Un échec crève-cœur qui, paradoxalement, a renforcé sa certitude. Il savait qu’il pouvait le faire. La question n’était plus “si”, mais “quand”.
Le jour où tout s’est aligné
Le 6 mars 2025, rien ne laissait présager un jour historique. Pas de conditions parfaites, pas de sensations extraordinaires. Simplement la routine d’un essai de plus. Bailey s’est engagé dans la voie, a franchi la première partie avec efficacité, puis est arrivé au crux.
Là, un instant de lucidité a tout changé.
“Je me suis dit : c’est maintenant. Je peux reprendre le contrôle, je peux y arriver !” – Sean Bailey
Et il l’a fait. Mouvement après mouvement, il a lutté jusqu’à enfin clipper le relais. La fin de quatre ans d’efforts, de doutes et de sacrifices, vécue dans le silence du canyon.
Le choix du silence : une démarche à contre-courant
Pourquoi garder un tel exploit pour soi ? Dans une interview, Bailey explique sa démarche avec simplicité. Il voulait préserver l’impact du moment et le lier à la sortie du film documentant son ascension. Pour lui, le “moment de hype” est unique, et le retarder permettait de valoriser le travail de toute l’équipe vidéo.
Cette période de onze mois lui a aussi offert une chance rare : digérer sa performance loin du bruit médiatique, sans la pression des réactions extérieures. Une expérience qu’il a jugée profondément bénéfique.
Sean Bailey, un grimpeur unique en son genre
Cette ascension de “Duality of Man” solidifie le statut de Sean Bailey comme l’un des grimpeurs les plus polyvalents et performants de l’histoire. Il est aujourd’hui le seul athlète à avoir réalisé la première ascension d’un bloc en 9A (“Shaolin”) et d’une voie en 9c.
Depuis son exploit silencieux, il n’a pas chômé. Il a ouvert une salle d’escalade à Tokyo avec sa compagne, la grimpeuse Miho Nonaka, et a continué d’enchaîner les performances de classe mondiale, comme la seconde ascension du bloc 9A “Arrival of the Birds”.
L’histoire de “Duality of Man” est bien plus que le récit d’une performance physique. C’est une réflexion sur la valeur de l’accomplissement personnel à l’ère des réseaux sociaux, un rappel que la plus grande des victoires est parfois celle que l’on savoure en silence.
