JO 2026 : La piste de skicross de Milan-Cortina au cœur d’une vive polémique
Le tracé olympique de skicross pour les Jeux de Milan-Cortina 2026 ne fait pas l’unanimité, loin de là. Jugée trop simple et peu spectaculaire par de nombreux athlètes de l’élite mondiale, la piste soulève des questions cruciales à quelques jours de la compétition. Entre frustration et adaptation, le monde du skicross retient son souffle.
Le skicross est une discipline explosive. Quatre athlètes qui dévalent une piste glacée, parsemée de sauts et de virages relevés, au coude-à-coude pour la victoire. La vitesse, la technique et l’audace sont les maîtres-mots. Pourtant, le futur théâtre des exploits olympiques à Milan-Cortina semble manquer de ces ingrédients essentiels, provoquant une vague de critiques parmi les spécialistes.
Une découverte tardive et des critiques acerbes
Le principal point de friction vient de la découverte très tardive du parcours. Les meilleurs skicrosseurs mondiaux n’ont pu tester la piste que début février, lors d’un “test event” organisé seulement deux semaines avant l’échéance olympique. Un délai beaucoup trop court pour espérer des ajustements significatifs.
Cette situation a fait naître une grande frustration, notamment chez des athlètes d’expérience comme la championne suisse Fanny Smith. Elle déplore un tracé qui briderait le spectacle et la compétition.
« On l’a découverte lors du «test event»… On a vu que ce serait compliqué de dépasser. Peut-être simplement depuis l’avant-dernier virage avant la ligne d’arrivée. […] À la fin, on a beau être devant, il faut juste se faire toute petite et prier jusqu’à la ligne d’arrivée. C’est tellement long et il n’y a plus rien pour faire la différence. » – Fanny Smith (24heures.ch)
Cette critique est partagée par d’autres. Le sentiment général pointe vers une piste trop plate, manquant de vitesse et offrant peu d’opportunités de dépassement, l’essence même du skicross.
Un parcours qui divise les athlètes
Si les critiques sont nombreuses, les avis ne sont pas pour autant unanimes. La perception d’un parcours varie toujours en fonction du style et des forces de chaque skieur.
Des avis très tranchés
Pour Romain Détraz, le constat est clair : le manque de relief est un problème.
« La piste, elle est comme elle est… On ne pourra pas la changer. C’est assez plat, il n’y a pas beaucoup de vitesse, ni d’éléments. » – Romain Détraz (20min.ch)
Cette configuration pourrait transformer les courses en simples processions où la position acquise au départ serait quasi définitive, à l’exception d’une potentielle bataille dans le tout dernier virage.
Des perspectives plus nuancées
D’autres athlètes tentent de voir le verre à moitié plein. C’est le cas de Saskja Lack, qui trouve des aspects intéressants au tracé milanais.
« Le départ est très cool, je trouve. Et le parcours pas mal. […] Je trouve assez sympas ces lignes droites assez longues, on peut pousser à fond. » – Saskja Lack (20min.ch)
Cette vision pragmatique est également partagée par la jeune Sixtine Cousin, pour qui l’enjeu dépasse les caractéristiques de la piste.
« Cette piste n’est pas géniale. On n’arrive pas en bas en se disant que c’était trop cool à skier. Mais c’est la même pour tout le monde! Il y a des médailles à gagner et c’est comme c’est. » – Sixtine Cousin (20min.ch)
L’adaptation, clé de la performance olympique
Face à un parcours immuable, la stratégie et la préparation deviennent plus cruciales que jamais. Deux éléments semblent se détacher comme les facteurs déterminants pour la quête de l’or : le départ et le matériel.
Un départ technique, premier juge de paix
Tous les athlètes s’accordent sur un point : le départ est particulièrement technique. Une bonne sortie de portillon pourrait être décisive pour le reste de la course.
Le vice-champion olympique en titre, Alex Fiva, souligne l’importance de cette première section.
« On a pu reconstruire le départ, parce qu’il est très spécial. Il n’est pas très dur, mais on peut vite y faire des fautes. […] Dès que tu te trompes un poil, c’est dur de reprendre de la vitesse ensuite. » – Alex Fiva (20min.ch)
Sur ce point, l’équipe suisse a pris une longueur d’avance. Grâce à ses moyens, elle a pu reconstruire une réplique exacte du départ à St-Moritz pour s’entraîner spécifiquement. Un avantage qui pourrait peser lourd dans la balance.
Le fartage, l’arme secrète sur le plat
Sur une piste jugée lente, la qualité de la glisse sera primordiale. Le travail des techniciens en coulisses, notamment sur le fartage des skis, pourrait faire toute la différence. Un ski parfaitement préparé permettra de conserver un maximum de vitesse sur les longues sections plates, là où la puissance de poussée et la finesse du matériel parleront.
Une polémique qui dépasse le skicross
Cette controverse autour de la piste de JO 2026 n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans un débat plus large sur l’évolution des parcours dans les sports de glisse. Des critiques similaires ont émergé concernant le tracé de snowboardcross. Le double champion olympique Pierre Vaultier a d’ailleurs exprimé des inquiétudes sur l’avenir de sa discipline, pointant du doigt des parcours qui, selon lui, dénaturent l’esprit du sport.
En fin de compte, malgré les débats, les athlètes restent des compétiteurs. La piste est la même pour tous et l’objectif reste inchangé : décrocher une médaille olympique. La frustration devra laisser place à une concentration extrême et à une capacité d’adaptation hors norme. Le spectacle sera peut-être différent, mais la bataille pour le podium, elle, s’annonce totale.
