Un nom circule avec insistance dans le monde du ski : BonSki. Si cette marque ne vous dit rien, préparez-vous à en entendre parler. Venu de Chine, cet acteur bouscule l’ordre établi et redessine la carte mondiale des sports d’hiver, des pistes enneigées de Nouvelle-Zélande aux futurs dômes olympiques en Australie. Mais qui se cache réellement derrière ce nouveau géant ? La réponse est surprenante.
La révolution du ski indoor : la Chine en première ligne
Depuis les Jeux Olympiques d’hiver de Pékin en 2022, la Chine vit une véritable fièvre du ski. Le pays s’est fixé un objectif colossal : atteindre 300 millions de pratiquants de sports d’hiver d’ici 2030. Pour y parvenir face à des contraintes climatiques évidentes, le pays a misé sur une stratégie spectaculaire : le ski indoor.
La Chine est devenue l’épicentre mondial de cette pratique, avec plus de 60 centres de ski intérieurs, dont les cinq plus grands de la planète. Ce développement a permis au marché chinois d’enregistrer le chiffre record de 26,1 millions de visites de skieurs pour la saison 2024-2025.
Au cœur de cette explosion se trouve BonSki, le leader incontesté du secteur. L’entreprise exploite déjà 11 stations urbaines monumentales, comme le Huafa Snow World à Shenzhen, la plus grande installation de ski indoor jamais construite. Et une douzième est déjà en projet, confirmant une domination sans partage sur le marché national.
Une ambition mondiale : l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Japon en ligne de mire
Loin de se contenter de son marché domestique, BonSki déploie désormais sa stratégie à l’international, avec une vision claire : s’imposer comme un acteur global. Ses récentes annonces de partenariat dans la région Asie-Pacifique en sont la preuve éclatante.
Un pied dans l’olympisme en Australie
Le projet le plus marquant est sans doute l’alliance stratégique avec Winter Sports World à Sydney. BonSki a été choisi pour piloter la conception, l’ouverture et l’exploitation du futur centre indoor olympique de l’hémisphère sud. Un complexe pharaonique de 700 millions de dollars australiens qui, dès 2028, offrira une infrastructure de classe mondiale pour la formation des athlètes australiens et le grand public.
À la conquête des marchés matures
L’influence de BonSki s’étend également à des destinations de ski historiques. En Nouvelle-Zélande, un accord a été signé avec NZSki, qui gère les prestigieuses stations de Coronet Peak, Mt Hutt et The Remarkables. L’objectif : faciliter les échanges techniques et touristiques, et surtout, ouvrir les portes du marché chinois, en pleine explosion, aux stations néo-zélandaises.
Même le Japon, berceau du ski asiatique, a cédé aux sirènes de BonSki. La ville de Sapporo a conclu un partenariat inédit pour moderniser ses infrastructures et attirer une nouvelle clientèle chinoise, notamment grâce à la création d’écoles de ski tournées vers l’international.
Derrière BonSki, un géant de l’immobilier : Sunac
Alors, qui est le maître d’œuvre de cette stratégie audacieuse ? Derrière la marque BonSki, aux sonorités presque françaises, se cache un groupe bien plus connu dans un tout autre secteur : Sunac.
Fondé en 2003, Sunac est l’un des plus grands géants de l’immobilier en Chine. Coté à la bourse de Hong Kong depuis 2010, ce conglomérat a bâti sa fortune sur la promotion immobilière avant de diversifier ses activités.
C’est à travers sa branche « Culture et Tourisme » que Sunac opère ses parcs à thème, ses hôtels, et surtout, ses fameuses stations de ski indoor sous la marque BonSki. Comme le souligne Altitude News, cette diversification est une stratégie clé pour le groupe.
En 2024, cette division a généré un chiffre d’affaires impressionnant de 5,21 milliards de yuans (environ 632 millions d’euros). Pourtant, cela ne représente que 7% du chiffre d’affaires total du groupe Sunac, qui avoisine les 9 milliards d’euros. Un chiffre qui donne le vertige et illustre la puissance financière colossale qui soutient l’expansion de BonSki.
Quel avenir pour le ski mondial ?
L’ascension de BonSki, propulsée par Sunac, n’est pas anecdotique. Elle symbolise une transformation profonde du monde du ski. Face au réchauffement climatique qui menace l’enneigement de nombreuses stations traditionnelles, le modèle du ski indoor, accessible toute l’année en milieu urbain, apparaît comme une alternative crédible, bien que radicalement différente.
La Chine, avec son marché intérieur gigantesque et ses ambitions mondiales, est en train de déplacer le centre de gravité du ski. L’arrivée de ces nouveaux pratiquants et de ces investisseurs surpuissants pourrait bien redéfinir les règles du jeu pour les décennies à venir, obligeant les acteurs historiques européens et nord-américains à s’adapter à cette nouvelle réalité.
