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23 Jours en Paroi : L’exploit historique de Sasha DiGiulian sur El Capitan

Une ascension qui entre dans la légende

Imaginez-vous suspendu à une paroi vertigineuse, à près de 800 mètres du sol. Maintenant, imaginez y rester bloqué pendant neuf jours, prisonnier d’une tente battue par la pluie, la neige et des vents violents. C’est le décor de l’exploit monumental que vient de réaliser l’Américaine Sasha DiGiulian, redéfinissant les limites de la performance en escalade sur la paroi la plus emblématique du monde : El Capitan.

Un défi titanesque sur le Platinum Wall

Le parc de Yosemite en Californie abrite des géants de granit, mais El Capitan est le roi incontesté. Sasha DiGiulian, grimpeuse professionnelle de 33 ans, ne s’est pas attaquée à n’importe quelle voie. Elle a jeté son dévolu sur le Platinum Wall, aussi connu sous le nom de “Direct Line”.

Avec ses 914 mètres de hauteur et ses 40 longueurs, il s’agit tout simplement de la voie la plus longue et l’une des plus exigeantes de la montagne. Pour un public non-initié, une “longueur” représente la distance parcourue avec une corde, soit environ 50 à 60 mètres d’escalade verticale. Enchaîner 40 longueurs de ce calibre est un véritable marathon vertical.

Qu’est-ce que l’escalade “en libre” ?

Il est crucial de comprendre que cet exploit a été réalisé “en libre”. Cela signifie que la grimpeuse a progressé uniquement à la force de ses mains et de ses pieds, en utilisant les prises naturelles du rocher. Le matériel en place (cordes, coinceurs) ne sert qu’à assurer sa sécurité en cas de chute, et non à l’aider à monter. C’est la forme la plus pure et la plus difficile de l’escalade en grande paroi.

Une préparation de longue haleine

Un tel succès ne s’improvise pas. Sasha DiGiulian a consacré trois saisons entières à préparer cette ascension. Un travail méticuleux qui témoigne d’une détermination sans faille.

Elle a d’abord travaillé les deux premiers tiers de la voie de manière répétée, jusqu’à mémoriser chaque mouvement et maîtriser parfaitement chaque section. Ensuite, elle a étudié le dernier tiers en descendant en rappel, déchiffrant les passages les plus complexes pour ne rien laisser au hasard le jour J. Cette approche méthodique est la marque des plus grands athlètes.

23 jours face aux éléments

Le 2 novembre, l’aventure commence. Mais la montagne est imprévisible. Rapidement, des conditions météorologiques extrêmes s’abattent sur le Yosemite. Pendant neuf jours consécutifs, Sasha et son partenaire se retrouvent piégés dans leur portaledge, une tente de paroi suspendue dans le vide.

À 800 mètres du sol, ils ont enduré des tempêtes incessantes, subissant le froid, la pluie et la neige. Une épreuve physique, mais surtout mentale, qui aurait poussé la plupart des gens à abandonner. Mais pas Sasha DiGiulian.

Surmonter les passages clés

Une fois la tempête passée, il fallait retrouver la concentration pour affronter les difficultés techniques extrêmes du Platinum Wall. Sasha a pris les devants sur 27 des 40 longueurs, incluant tous les passages les plus redoutables :
* Le White Wizard (5.13c) : Une section technique et déversante.
* Le Dog’s Head roof crack (5.13c) : Une fissure dans un toit impressionnant.
* La fissure Platinum fingertips (5.13a) : Où la grimpe se fait sur le bout des doigts.
* Un dièdre en 5.13d : Un passage athlétique demandant un mouvement dynamique (un “jeté”).
* Le toit Teahupo’o (5.13a) : Un passage horizontal rendu encore plus glissant par l’humidité.

Pour donner un ordre d’idée, les cotations 5.13 et 5.14 (jusqu’à 8b en cotation française) représentent un niveau de difficulté que seule une élite mondiale de grimpeurs peut atteindre.

Un rebondissement final et le goût du triomphe

Alors que le sommet était en vue, à seulement trois longueurs de la fin, un coup de théâtre survient. Son partenaire, Elliot Faber, doit abandonner en urgence pour une raison familiale. Loin de se décourager, Sasha fait appel à Ryan Sheridan, qui la rejoint au pied levé pour l’assurer dans la dernière ligne droite.

Le 26 novembre, après 23 jours d’un combat acharné, Sasha DiGiulian atteint enfin le sommet. Sa réaction, pleine d’émotion, résume l’intensité de l’effort : “C’est l’ascension dont je suis la plus fière de toute ma carrière. Je n’arrive pas à y croire !”

Une nouvelle page dans l’histoire de l’escalade

Avec cette performance, Sasha DiGiulian ne fait pas que réussir une ascension difficile. Elle écrit l’histoire.
* Elle devient la première femme à gravir le Platinum Wall en libre.
* Il s’agit seulement de la quatrième ascension en libre de cette voie mythique, après des légendes comme Alex Honnold et Tommy Caldwell.

Cet exploit vient couronner une carrière déjà exceptionnelle, marquée par un titre de championne du monde, une décennie d’invincibilité aux championnats panaméricains et plus de 50 voies dans le très haut niveau.

En s’imposant sur le plus long mur d’El Capitan, Sasha DiGiulian marche sur les traces de la pionnière Lynn Hill. Elle prouve une fois de plus que la détermination, la préparation et la résilience peuvent venir à bout des plus grands murs, ouvrant la voie à toute une nouvelle génération de grimpeuses.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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