samedi, février 14, 2026
AccueilAlpinismeL'Équipe Nationale d'Alpinisme Féminine face aux défis de l'Himalaya indien : une...

L’Équipe Nationale d’Alpinisme Féminine face aux défis de l’Himalaya indien : une aventure de résilience et de performance

L’Équipe Nationale d’Alpinisme Féminine face aux défis de l’Himalaya indien : une aventure de résilience et de performance

Une équipe de choc, un sommet vierge et des conditions imprévisibles. En octobre dernier, l’Équipe Nationale d’Alpinisme Féminine (ENAF) s’est lancée dans une expédition majeure au cœur de l’Himalaya indien. Récit d’une aventure où l’adaptation et la force du collectif ont primé sur la seule conquête des cimes.

Une Équipe d’Élite au Cœur de l’Himalaya

L’aventure himalayenne n’est jamais une simple promenade de santé. Pour l’Équipe Nationale d’Alpinisme Féminine, cette expédition en octobre 2025 représentait bien plus qu’un défi sportif. Elle marquait la conclusion de trois années de formation intense pour trois aspirantes-guides talentueuses : Sophie Jacob, Mathilde Badoual et Isis Millerioux.

Pour les accompagner dans ce test grandeur nature, deux figures de l’alpinisme français : les mentors Lise Billon et Maud Vanpoulle. Leur mission : guider la nouvelle génération sur l’un des terrains de jeu les plus exigeants de la planète, la région de l’Uttarakhand en Inde.

Après un long voyage depuis Delhi, l’équipe a rejoint le petit village de Gangi. De là, deux jours de marche à travers une jungle dense, avec l’aide de quatorze porteurs, ont été nécessaires pour remonter la vallée de Bilanghna et établir le camp de base. Le décor était planté, l’aventure pouvait commencer.

Le Brahmasar I : Un Rêve Vierge Face à la Réalité du Terrain

L’Objectif Initial

L’objectif de l’expédition alpinisme était ambitieux : ouvrir une toute nouvelle voie sur le Brahmasar I. Ce sommet, qui culmine à plus de 5 000 mètres, avait une particularité : il était encore vierge de toute ascension. Situé dans une zone reculée, entre les glaciers de Satling et de Dudhganga, il représentait un défi technique et une page blanche dans l’histoire de l’alpinisme.

Le massif, nommé d’après le dieu hindou à trois têtes Brahma, n’avait été que très peu exploré. Seules deux expéditions s’y étaient aventurées au cours des vingt dernières années. L’équipe française avait donc une occasion unique de laisser sa marque.

Une Retraite Imposée par la Montagne

Après quelques jours essentiels pour s’acclimater à l’altitude, l’équipe s’est lancée sur l’arête nord du Brahmasar I. Le plan était de réaliser l’ascension en quatre jours. Mais en haute montagne, les plans sont souvent soumis aux caprices de la nature.

Dès la première journée, les alpinistes ont fait face à des conditions extrêmement précaires. La neige, inconsistante, n’offrait aucune sécurité, tandis que le rocher se révélait à la fois compact et délité, rendant la progression dangereuse.

Ces conditions difficiles sont, selon la FFME, une conséquence directe du changement climatique. Le réchauffement a fait disparaître la glace qui protégeait autrefois ces faces nord. Aujourd’hui, le rocher nu, fracturé par les cycles de gel et de dégel, rend l’ascension beaucoup plus instable. Face à ce danger, la décision la plus sage s’est imposée : faire demi-tour.

Le Rebond : L’Art de S’Adapter en Haute Altitude

“Bhālō and the Biscuit” : Naissance d’une Nouvelle Voie

La déception de l’abandon du Brahmasar I a été de courte durée. La performance en montagne ne se mesure pas seulement aux sommets atteints, mais aussi à la capacité de s’adapter. De retour au camp avancé, à 5 000 mètres, l’équipe a rapidement identifié un nouvel objectif.

Leur attention s’est portée sur une élégante arête de granite qui menait à un pic de 5 200 mètres juste au-dessus du camp. En deux jours, les cinq femmes ont uni leurs forces pour explorer ce terrain inconnu. Elles ont ouvert une magnifique voie de 300 mètres, qu’elles ont baptisée « Bhālō and the Biscuit ». Un nom plein d’humour, en hommage à un ours qui rôdait près du camp et à une précédente expédition anglaise.

À Cinq Mètres du Sommet

Cette ascension a été une véritable leçon de travail d’équipe. Chaque mouvement, chaque stratégie pour franchir les fissures verticales ou les plaques de neige a été discuté collectivement. Cependant, l’équipe a dû s’arrêter à seulement cinq mètres du point culminant.

Comme le raconte Lise Billon avec son franc-parler caractéristique : « Nous n’avons pas exactement atteint le sommet. La nuit nous a rattrapés et un bloc de neige nous bloquait le chemin, 5 mètres au-dessus de nous. (…) Donc, pour la police de l’éthique, non nous n’avons pas fait le sommet. » Cette honnêteté illustre parfaitement l’éthique de l’alpinisme, où le chemin parcouru compte autant que le but final.

Plus qu’un Sommet, une Victoire Collective

Des Descentes et des Leçons Apprises

L’aventure ne s’est pas arrêtée là. La descente en rappel s’est faite de nuit, ajoutant une dose de complexité et de stress. C’est durant cette descente qu’un incident mémorable est survenu : Lise Billon a perdu ses chaussons d’escalade, l’obligeant à traverser une plaque de neige pieds nus à 5 000 mètres d’altitude ! Une anecdote qui rappelle que l’imprévu est la seule règle en haute montagne.

Une Formation Grandeur Nature

Au-delà des péripéties, cette expédition est une réussite totale sur le plan de la formation. Les trois aspirantes-guides ont été confrontées à toute la complexité de l’Himalaya indien : la logistique, l’incertitude, la gestion du risque et la prise de décision en environnement hostile.

Leur progression a été spectaculaire, comme le confirme Lise Billon : « En tant que formateur depuis trois ans, j’admets que je n’ai pas grand-chose de plus à enseigner aux filles maintenant ».

Cette aventure de l’alpinisme féminin démontre que le succès ne se résume pas à cocher une case sur une carte. C’est une équation complexe où les conditions, la météo et le facteur humain se multiplient à l’infini. En faisant preuve de résilience et d’intelligence collective, l’ENAF a montré qu’elle maîtrisait parfaitement cette équation.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
RELATED ARTICLES

Most Popular