Enak Gavaggio : l’histoire d’un « ski-zophrène » de génie
Il est l’un des visages les plus connus du ski français, mais lequel ? Celui du compétiteur acharné aux 7 médailles aux X-Games, du freerider audacieux, ou de l’hilarant Rancho, ce personnage moustachu tout droit sorti des années 80 ? Difficile de choisir, et c’est précisément ce qui rend Enak Gavaggio si fascinant.
Loin d’être un simple athlète, Enak est une personnalité aux multiples facettes, un créateur qui a su se réinventer en permanence. Cette polyvalence déroutante a même inspiré au cofondateur du High Five Festival, Gaylord Pedretti, le terme de « ski-zophrène », une expression qui capture parfaitement la richesse du personnage. Plongeons dans l’histoire d’une légende vivante des sports de montagne, un homme qui a fait de la glisse un art et de sa vie une performance.
Des montagnes de Savoie aux sommets du monde
L’histoire d’Enak Gavaggio commence en 1976 à Valmorel, au cœur de la Savoie. Fils de berger, il grandit les skis aux pieds, développant une connexion intime avec la montagne. Son talent brut le mène d’abord vers le ski alpin, où il dispute deux saisons en Coupe d’Europe. Mais le cadre rigide de la compétition classique ne suffit pas à contenir son énergie débordante.
La naissance d’un champion polyvalent
Très vite, Enak se tourne vers des disciplines où la liberté et la créativité sont reines. Il explore le freeride, se mesurant aux pentes les plus engagées et se classant 4e et 5e aux Championnats du monde en 2001.
C’est toutefois en skicross qu’il va devenir une icône mondiale. Cette discipline spectaculaire, mélange de vitesse, de sauts et de confrontation directe, est un terrain de jeu parfait pour lui. Son palmarès parle de lui-même :
* 7 médailles aux prestigieux X-Games.
* Une médaille d’argent aux Mondiaux de 2000.
* Une médaille de bronze aux Mondiaux de 2007.
* Plusieurs podiums au classement général de la Coupe du monde.
Même un terrible accident en 2008 ne parvient pas à l’arrêter. Faisant preuve d’une résilience hors du commun, il se qualifie et termine à une incroyable 5e place aux Jeux Olympiques de Vancouver en 2010. Un exploit qui forge un peu plus sa légende.
Rancho et les autres : la création au service de la passion
Si ses performances sportives sont exceptionnelles, c’est sa capacité à se mettre en scène qui le distingue. Avant de devenir le visage de la Team Les Arcs, comme le rappelle sa biographie sur le site de la station, Enak a créé plusieurs personnages. Après Têtard et Dark Lord, il donne naissance en 2014 à Rancho, son alter ego le plus célèbre.
L’ode à la culture ski
Avec sa moustache, ses lunettes fluo et ses tenues vintage, Rancho est un hommage décalé et affectueux à l’âge d’or du ski. À travers des web-séries hilarantes, il explore avec humour et autodérision toutes les facettes de la glisse. Le succès est immédiat et phénoménal. Rancho devient une icône, un symbole de la culture ski qui parle à toutes les générations.
Ce personnage permet à Enak de partager sa passion d’une manière nouvelle, plus accessible et fun. Il brise les codes du sportif de haut niveau et montre qu’on peut être un compétiteur féroce et un amuseur public.
Un héros qui ne voulait pas de biographie
Malgré son image publique, Enak Gavaggio cultive une certaine distance avec sa propre légende. Cette dualité est parfaitement illustrée par son attitude face aux projets qui racontent sa vie. En 2022, le film “Punk, la véritable histoire de Enak Marcel Chaussure” offrait déjà un regard unique sur sa carrière.
Pourtant, lorsqu’on lui a proposé d’écrire sa biographie, sa première réaction a été le refus. Comme il l’ironise lui-même : « Je pensais avoir vécu déjà le pire avec un film retraçant ma carrière ». Selon un article du Dauphiné Libéré, il a finalement accepté le projet de l’auteur Nils Louna à une condition surprenante : qu’il ne réponde à « aucune interview ».
Le livre, intitulé sobrement “ENAK” et prévu pour 2025, s’annonce donc comme un portrait puzzle, assemblé à partir des témoignages de ceux qui l’ont côtoyé. Une approche qui correspond bien à ce personnage complexe, qui préfère laisser les autres parler de lui.
Transmettre la flamme : plus qu’un métier, une mission
Aujourd’hui, Enak Gavaggio continue de marquer le monde du ski, non plus seulement par ses exploits, mais par son engagement. Il a troqué le dossard de compétiteur pour plusieurs autres casquettes, toutes animées par le désir de transmission.
En tant que président de la Freeski Academy, il encadre les jeunes talents, leur partageant son expérience unique. Il est également consultant pour France Télévisions lors des Jeux Olympiques, offrant son expertise au grand public.
Mais sa soif d’aventure est intacte. Toujours passionné de sports extrêmes, il pratique le base jump, la chute libre ou encore le parapente, repoussant sans cesse ses limites. Que ce soit à travers son école de ski GMX Les Arcs ou ses multiples projets, Enak Gavaggio a un objectif clair : partager le virus de la montagne et inspirer les nouvelles générations à vivre leur passion à fond.
En définitive, le terme « ski-zophrène » n’est pas une pathologie, mais un compliment. Il décrit un homme libre, inclassable, qui a refusé de se laisser enfermer dans une seule case. Athlète, artiste, mentor, showman… Enak Gavaggio est tout cela à la fois, une figure essentielle qui a contribué à façonner le visage du ski français moderne.
