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Jim Morrison à l’Everest : Véritable exploit en ski ou controverse sur le style ?

Jim Morrison à l’Everest : Exploit en ski ou polémique sur le style ?

Le 15 octobre 2025, le skieur américain Jim Morrison a marqué l’histoire en réalisant la première descente à ski intégrale du mythique couloir Hornbein, sur l’impressionnante face nord de l’Everest. Une performance immédiatement qualifiée d’historique par les médias du monde entier. Pourtant, derrière les images spectaculaires, une question agite le milieu de l’alpinisme : s’agit-il d’un véritable exploit sportif ou d’une réussite logistique ?

Une première historique sur le toit du monde

Il est indéniable que la performance de Jim Morrison est une première mondiale. Descendre les 3 500 mètres de la face nord de l’Everest, en passant par le couloir Hornbein et le couloir des Japonais, est un accomplissement majeur. Comme le souligne Montagnes Magazine, « C’est une performance historique. Mercredi 15 octobre, l’athlète américain Jim Morrison a réalisé la première descente à ski du mythique couloir Hornbein, sur la face nord de l’Everest. »

Cette descente, réalisée en un peu plus de quatre heures dans des conditions extrêmes, avec des pentes atteignant 60 degrés, était aussi un projet personnel et émouvant pour le skieur. Il a réalisé cet objectif en hommage à sa compagne, la légende de la montagne Hilaree Nelson, tragiquement disparue en 2022. C’était sa troisième tentative, après deux échecs en 2023 et 2024, montrant une détermination sans faille.

Le projet, financé par National Geographic, a bénéficié d’une couverture médiatique massive, et un documentaire est en préparation. Les premières images sont à couper le souffle et témoignent de l’engagement nécessaire pour skier sur le plus haut sommet du monde.

La controverse : le style alpin en question

Cependant, peu après l’annonce, des voix critiques se sont élevées, notamment en France. Les skieurs de pente raide Tiphaine Dupérier et Boris Langenstein, connus pour leur approche puriste de la montagne, ont soulevé des questions sur les moyens employés par l’expédition américaine.

Le cœur du débat ne porte pas sur la descente elle-même, mais sur la manière dont l’ascension a été réalisée. L’expédition de Jim Morrison était une opération de grande envergure.

Les points de friction sont les suivants :
* Une équipe massive : L’expédition comptait 12 personnes, dont de nombreux sherpas.
* Des cordes fixes : Des kilomètres de cordes ont été installés pour sécuriser la progression.
* L’utilisation d’oxygène : L’assistance en oxygène a été utilisée à la montée et, selon toute vraisemblance, à la descente.

Pour les puristes, ces éléments éloignent la performance de l’éthique du « style alpin », qui prône l’autonomie, la légèreté et un engagement maximal avec un minimum d’assistance.

Comme l’explique Boris Langenstein : « C’était une expédition avec beaucoup de sherpas, des kilomètres de corde fixe et de l’oxygène à la montée et à la descente. […] Il restera le premier à avoir skié le Hornbein, qui est quand même un truc mythique dans le ski de haute altitude. Qu’importe la manière, c’est historique. Par contre, de mon point de vue, ce n’est pas une performance dans le sens où il a toute une équipe derrière lui. On est loin du style alpin ! »

Exploit sportif ou victoire logistique ?

Cette controverse met en lumière une fracture dans la perception de la performance en haute altitude. D’un côté, une approche qui utilise tous les moyens technologiques et humains disponibles pour garantir le succès et la sécurité. De l’autre, une vision où la manière de réussir est aussi importante que la réussite elle-même.

Tiphaine Dupérier nuance, reconnaissant la signification personnelle du projet pour Morrison : « Franchement, chapeau à lui parce qu’il s’est quand même lancé dedans. […] Quant à la méthode employée, pour un projet comme celui-ci, si tu veux être sûr de réussir, c’est sûr qu’il faut déployer une quantité de moyens assez énorme. »

Le principal reproche des critiques se tourne vers le traitement médiatique, jugé souvent incomplet. Les détails sur les moyens logistiques sont rarement mis en avant, présentant la performance comme un exploit individuel pur. « C’est important d’être précis, c’est ce qui donne de la valeur aux choses », insiste Tiphaine Dupérier.

La comparaison avec d’autres légendes

Pour mieux comprendre le débat, il est utile de comparer cette descente à d’autres performances sur l’Everest.
* Hans Kammerlander (1996) : Il a réalisé une descente partielle de la face nord sans oxygène et par ses propres moyens, une référence en matière de style.
* Andrzej Bargiel (2019) : Le Polonais a réussi la première descente intégrale de l’Everest à ski sans oxygène, bien que par une voie différente.

Ces exemples montrent que l’exploit en haute altitude est souvent jugé à l’aune de l’autonomie et de l’absence d’assistance.

Une question de culture et d’éthique

Le débat est aussi culturel. Boris Langenstein souligne qu’il existe une « vision très française » de l’alpinisme, très attachée au style alpin et à la pureté du geste. Cette culture, transmise dans la formation des guides et valorisée par des prix comme les Piolets d’Or, privilégie l’engagement et la légèreté.

Pour les défenseurs de cette éthique, la véritable difficulté en Himalaya ne réside pas tant dans la descente à ski, pour un skieur de très haut niveau, mais dans l’ascension en autonomie. « Ce qui est dur, c’est de faire la trace, de porter son matériel et d’être en toute petite équipe, à deux, et de grimper vraiment par ses propres moyens », précise Boris Langenstein.

Alors, Jim Morrison a-t-il réalisé un exploit ?

La réponse est complexe. D’un point de vue historique, la réponse est oui, sans équivoque. Il est le premier à avoir skié le couloir Hornbein, et son nom restera gravé dans l’histoire de l’himalayisme. L’organisation d’une telle expédition est en soi un tour de force logistique.

D’un point de vue purement sportif et éthique, le débat reste ouvert. Pour une partie de la communauté montagnarde, l’utilisation massive de moyens logistiques et d’oxygène relativise la performance et la distingue d’un exploit réalisé en style alpin.

Finalement, la performance de Jim Morrison a le mérite de poser une question essentielle : qu’est-ce qu’un exploit en montagne au XXIe siècle ? La réponse varie selon la culture, l’éthique et les valeurs de chacun. Une chose est sûre : cette descente historique n’a pas fini de faire couler de l’encre et d’animer les discussions au coin du feu.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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