Un homme, un vélo, une montagne. C’est ainsi que commence l’une des aventures alpines les plus marquantes de ces dernières années. L’alpiniste Charles Dubouloz vient de réaliser un exploit monumental : gravir en solitaire et en plein hiver la « Divine Providence », une voie mythique du massif du Mont-Blanc. Plus qu’une simple ascension, c’est le début d’un voyage intérieur et d’une performance hors du commun.
Une trilogie hivernale au départ de la maison
Ce projet, mûri depuis près de six ans, dépasse le cadre d’une seule ascension. Charles Dubouloz s’est lancé dans une trilogie hivernale à travers les grands massifs français. Le concept ? Enchaîner trois ascensions majeures au Mont-Blanc, dans les Écrins et dans les Pyrénées, le tout en itinérance non motorisée. L’aventure a donc débuté sur le pas de sa porte à Annecy.
Le 7 décembre, l’alpiniste a enfourché son vélo, tractant une remorque chargée de 35 kg de matériel. Au programme : plus de 100 kilomètres et 2500 mètres de dénivelé positif simplement pour rejoindre le pied des montagnes. Une fois à Chamonix, il a chaussé les skis de randonnée pour remonter la Mer de Glace, ajoutant 2500 mètres de dénivelé à l’effort. Cette approche douce est au cœur de sa démarche : une immersion totale et respectueuse dans l’environnement qu’il s’apprête à affronter.
Six jours d’isolement face à un géant
L’ascension de la « Divine Providence » a représenté le cœur de ce premier chapitre. Située sur la face est du Grand Pilier d’Angle, cette voie est réputée pour être l’une des plus difficiles et engagées des Alpes. L’entreprendre en solo hivernal relève d’un engagement total, une confrontation directe avec la montagne et avec soi-même.
Des conditions extrêmes en haute altitude
Pendant six jours et cinq nuits, Charles Dubouloz a vécu en autarcie complète sur la paroi. Il a dû faire face à des conditions dantesques :
- Des températures glaciales et un vent constant.
- Des journées très courtes, avec seulement huit heures de lumière pour progresser.
- Des bivouacs précaires, suspendu dans une tente à plus de 4000 mètres d’altitude.
La fatigue et le froid deviennent des adversaires à part entière. L’alpiniste a confié le danger permanent de l’endormissement, une lutte pour rester alerte dans un environnement hostile. Cet effort surhumain a laissé des traces : il a perdu huit kilos au cours de l’ascension.
Un défi technique et mental
La « Divine Providence » n’est pas qu’une épreuve d’endurance. C’est un mur de 900 à 1500 mètres qui oppose des difficultés techniques redoutables. Charles a dû surmonter des passages de glace noire, très dure et difficile à protéger, et des sections rocheuses complexes, avec des cotations allant jusqu’au 7b. Chaque mètre gagné était une victoire, chaque longueur une épreuve de concentration. Comme le souligne le magazine Montagnes Magazine, ce retour de « Divine Providence » n’est que le début du voyage pour l’alpiniste.
L’arrivée au sommet du Mont-Blanc, un épilogue grandiose
Le 13 décembre, après six jours d’un combat acharné, Charles Dubouloz est enfin sorti de la voie. Mais l’aventure n’était pas terminée. Il s’est engagé sur la mythique arête de Peuterey pour rejoindre le toit de l’Europe. Le lendemain, le 14 décembre, il atteignait le sommet du Mont-Blanc, point d’orgue de cette incroyable épopée solitaire.
La descente a offert un dernier défi. La météo, capricieuse, l’a empêché d’utiliser son parapente comme prévu. C’est donc à pied, puisant dans ses dernières réserves, qu’il a dû regagner la vallée de Chamonix, bouclant ainsi une aventure humaine et sportive exceptionnelle.
Une performance qui marque l’histoire de l’alpinisme
Ouverte en 1984 par les légendes Patrick Gabarrou et François Marsigny, la « Divine Providence » a vu sa première ascension en solitaire par le non moins célèbre Jean-Christophe Lafaille durant l’hiver 1990. La performance de Charles Dubouloz s’inscrit dans cette lignée prestigieuse, confirmant son statut parmi les grands noms de l’alpinisme moderne. Un « nouvel exploit », comme le titre Uptrack+, qui témoigne de sa maîtrise technique et de sa force mentale hors du commun.
Cette première étape de sa trilogie, que Le Monde décrit comme « une glaçante trilogie hivernale », place la barre très haut. Prochains objectifs : la face nord du Pic Sans Nom ou la Barre des Écrins, puis le Vignemale dans les Pyrénées. Charles Dubouloz n’a pas fini de nous faire rêver, en nous rappelant que l’aventure, la vraie, est une affaire d’engagement, de respect et de dépassement de soi.
