L’anecdote dit pas mal du niveau d’investissement. Pour illustrer cet article, on a demandé à Florian Lorimier, le préparateur de Camille Rast, s’il n’avait pas une photo d’eux avec l’entraîneur attitré de la Valaisanne, Denis Wicki. «Non, désolé, je n’ai rien, ce n’est pas trop dans mes habitudes», nous a-t-il répondu dans un sourire. Sous-entendu: ils ne sont pas sur le circuit de la Coupe du monde pour faire des selfies.
La championne du monde de slalom à Saalbach, l’hiver dernier, sort d’un séjour triomphal à Kranjska Gora, en Slovénie, où elle a décroché la première victoire de sa carrière en géant et a battu la reine Mikaela Shiffrin entre les piquets serrés, le tout en 24 heures. Une véritable masterclass. «On savait que c’était possible mais tout faire sur un week-end, dans deux disciplines, sur quatre manches… C’était beau à voir», applaudit Florian Lorimier.
Le samedi soir, entre les deux courses, le Neuchâtelois a aidé Camille Rast à se préparer physiquement et mentalement pour le lendemain. C’est l’un des grands changements de l’intersaison effectué par la skieuse de Vétroz. Depuis le milieu de l’hiver dernier, Florian Lorimier la suit sur toutes les courses – il a juste raté Levi en début de saison. Mais depuis cette année, il est littéralement dans sa valise, que ce soit en compétition, sur les sites d’entraînements, ou lors des moments plus calmes comme la semaine passée, en Suisse.
«Camille a décidé de faire cet investissement financier, de sa poche, pour se donner toutes les chances de performer. Les enjeux sont importants et il fallait se mettre au niveau de ses rivales. Des filles comme Shiffrin ou Colturi ont leur cellule privée. Camille a tout ce qu’il faut au niveau technique avec Swiss-Ski et moi, je m’occupe du physique, de la thérapie, de la récupération et du mental», énumère Florian Lorimier.
Depuis le 23 février 2025 et une mauvaise chute de sa protégée à Sestrières, le préparateur d’Auvernier fait des «heures supp», façon de parler. Camille Rast a développé le syndrome de Morel-Lavallée (voir plus bas) et ça l’embête encore. «En début de saison, avec le retour de la très haute intensité, cela s’était aggravé, poursuit-il. On nous avait prévenu que sa hanche pourrait la faire souffrir pendant deux ans alors tous les jours, on travaille dessus pendant deux heures, souvent après les séances. Pour compenser les faiblesses et les douleurs.»
Il est ici question de vasculariser des tissus, relâcher certains muscles pour éviter des compensations qui entraîneraient un effet domino sur d’autres parties du corps. Un exercice d’équilibriste mené de front avec Denis Wicki. «C’est l’entente parfaite, résume Florian Lorimier, qui voyage avec lui. On discute surtout des charges, pour trouver le juste milieu entre sollicitation et récupération. Je suis une pièce rapportée pour individualiser ce qui est hors ski mais je me sens déjà très bien intégré à cette équipe.»
Mardi soir, il sera dans l’aire d’arrivée à Flachau, là même où Camille Rast avait remporté le slalom nocturne il y a une année. Sans pression même s’il reconnaît être plus stressé que son athlète les jours de course. «On en parlait justement avec Denis sur la route. Elle est d’un calme bluffant, dit-il. Elle a les pieds sur terre, elle fait son chemin, sans s’occuper du classement général de la Coupe du monde (ndlr: elle est 2e derrière Shiffrin). C’est le processus pour y arriver qui compte et j’aime cet état d’esprit.»
