
L’élite de l’alpinisme français a un nouveau visage. Au cœur de l’hiver, les 20 et 21 décembre 2025, la commune de L’Argentière-la-Bessée (Hautes-Alpes) est devenue l’épicentre de la performance en haute montagne. C’est ici que s’est déroulée la sélection très attendue des nouvelles promotions 2026-2028 des Équipes Nationales d’Alpinisme de la FFME. Pendant 48 heures, de jeunes athlètes talentueux ont tout donné pour tenter de rejoindre la prestigieuse Équipe Nationale d’Alpinisme Féminine (ENAF) ou son homologue Masculine (ENAM).
Ce week-end intense a mis en lumière non seulement des compétences techniques exceptionnelles, mais aussi une force mentale et un esprit de cordée indispensables pour affronter les plus grands défis verticaux. Plongeons au cœur de ces deux jours de sélection qui dessinent l’avenir de l’alpinisme tricolore.
Un Rassemblement Record pour l’Excellence
Cette année, l’engouement pour les sélections a atteint des sommets. Sur 55 dossiers de candidature, 48 jeunes (une trentaine de femmes et près de vingt hommes) ont été conviés à se mesurer aux épreuves. Un chiffre record qui témoigne de la vitalité de la discipline et de l’attrait de ces équipes d’excellence.
Le niveau général était si relevé que la tâche du jury s’est avérée particulièrement complexe. Chaque candidat a démontré une maîtrise et une détermination qui ont placé la barre très haut, transformant chaque épreuve en une véritable démonstration de force et de talent.
Des Épreuves Techniques pour Pousser les Limites
Pour départager ces athlètes d’exception, la FFME a concocté un programme dense et varié, conçu pour évaluer l’ensemble des qualités d’un alpiniste moderne. Loin de se limiter à une seule spécialité, les candidats ont dû prouver leur polyvalence et leur endurance à travers quatre ateliers exigeants.
Escalade Sportive : La Verticalité à l’État Pur
La première épreuve a testé la puissance et la technique en escalade sportive. Les femmes devaient maîtriser des voies cotées entre 7a+ et 7b, tandis que les hommes se confrontaient à des difficultés allant jusqu’à 7c+/8a. Ces niveaux, déjà très élevés, exigent une lecture parfaite du rocher et une condition physique irréprochable.
Dry Tooling : L’Art de la Glace… Sans Glace
Le deuxième défi était une épreuve de dry tooling en site naturel. Cette discipline spectaculaire consiste à grimper sur le rocher avec des piolets et des crampons, simulant les conditions de l’escalade sur glace. Les niveaux demandés (D6 pour les femmes, D9 pour les hommes) requièrent une force considérable dans le haut du corps et une précision chirurgicale.
Épreuve Cardio : Le Souffle de la Montagne
L’alpinisme est avant tout un sport d’endurance. Pour évaluer leur “moteur”, les candidats ont participé à une épreuve cardio redoutable. Les femmes ont dû avaler 1300 mètres de dénivelé positif, et les hommes, 1900 mètres. Un test qui mesure la capacité à soutenir un effort long et intense, essentiel lors des marches d’approche et des longues ascensions.
Trad et Artif : Le Savoir-Faire Ancestral
Enfin, la dernière épreuve était consacrée à l’escalade plus traditionnelle, mêlant le “trad” (pose de protections amovibles) et l’artificiel, le tout en grosses chaussures de montagne. Cet atelier visait à évaluer l’aisance des grimpeurs dans des situations complexes, leur sens de l’itinéraire et leur capacité à s’adapter au terrain, des compétences fondamentales en haute montagne.
Plus qu’une Compétition, un Esprit d’Équipe
Malgré un contexte de sélection et une météo capricieuse, l’ambiance du week-end a été marquée par une solidarité exemplaire. Comme le souligne la FFME dans son compte-rendu de l’événement, l’entraide et la bonne humeur étaient omniprésentes.
L’esprit collectif était d’ailleurs l’un des critères de sélection majeurs. En alpinisme, la confiance en son partenaire de cordée est vitale. Le jury a donc attentivement observé les interactions, la communication et la capacité des candidats à collaborer. La présence des membres des promotions sortantes, venus encadrer et encourager les nouveaux, a grandement contribué à renforcer cette atmosphère positive.
Le Verdict : Douze Nouveaux Visages pour l’Alpinisme Français
Au terme de ces deux jours d’efforts intenses, 24 athlètes (12 femmes et 12 hommes) ont été retenus pour un entretien final. Face à un jury composé d’experts et d’anciens membres prestigieux comme Lise Billon (ENAF 2010-2012) et Aymeric Clouet (ENAM 2003-2004), ils ont dû exposer leurs motivations et leur vision de l’alpinisme.
Finalement, 12 lauréats (six femmes et six hommes) ont été choisis pour former les nouvelles promotions.
L’Équipe Nationale d’Alpinisme Féminine (ENAF) 2026-2028
- Anna Dat
- Elise Esperne
- Vivienne Langen
- Adélie Magne
- Julie Peytavin
- Ilona Serrar
L’Équipe Nationale d’Alpinisme Masculine (ENAM) 2026-2028
- Ryan Anderruthy
- Eric Bazot
- Antonin Burnod
- Yann Espagnon
- Kelig Allain
- Simon Schnoebelen
Un Cursus de Trois Ans Vers les Sommets
Pour ces douze athlètes, l’aventure ne fait que commencer. Intégrer les équipes nationales d’alpinisme marque le début d’un cursus de formation de trois ans. Ce programme, détaillé sur la page des équipes nationales de la FFME, est conçu pour les amener vers le plus haut niveau et l’autonomie en montagne.
Au fil des stages, ils perfectionneront leurs techniques en alpinisme estival, en cascade de glace, en ski de pente raide ou encore en escalade artificielle. Le point d’orgue de leur formation sera l’organisation d’expéditions lointaines, où ils pourront mettre en pratique tout leur savoir-faire sur des sommets engagés à travers le monde.
Ce week-end de sélection à L’Argentière-la-Bessée a été bien plus qu’un simple test. Il a été la première étape d’une aventure humaine et sportive exceptionnelle pour une nouvelle génération d’alpinistes. Leurs noms sont désormais connus, et le monde de la montagne suivra avec attention leurs futures ascensions au cours des trois prochaines années. Le futur de l’alpinisme français est entre de bonnes mains.
