jeudi, février 12, 2026
AccueilEscaladeAlex Honnold et « Bachelor Party » : les dessous de l'ascension...

Alex Honnold et « Bachelor Party » : les dessous de l’ascension la plus difficile de sa carrière

« La voie qui m’a demandé le plus d’efforts » : Alex Honnold enchaîne « Bachelor Party »

Alors que tous les regards sont tournés vers son prochain exploit télévisé, l’ascension en solo du gratte-ciel Taipei 101, Alex Honnold vient de remporter une victoire bien plus personnelle, loin des caméras. Le grimpeur américain a réussi l’enchaînement de « Bachelor Party », une voie d’escalade sportive au Nevada, qu’il décrit lui-même comme le projet lui ayant coûté le plus de travail dans toute sa carrière.

Un défi personnel loin des projecteurs

Connu mondialement pour ses ascensions en solo intégral, où la moindre erreur est fatale, Alex Honnold nous rappelle avec ce succès qu’il est avant tout un athlète complet. L’enchaînement de « Bachelor Party » n’impliquait pas de risque mortel, mais un tout autre type d’engagement : celui de la persévérance.

Sur son compte Instagram, il a qualifié sa réussite de « miracle de Noël », survenue juste avant le 23 décembre 2025. Cette réalisation est l’aboutissement de plusieurs années d’efforts discontinus, un projet qu’il a dû mettre entre parenthèses à plusieurs reprises, notamment pour des raisons familiales. C’est une facette plus intime du grimpeur que l’on découvre, celle d’un athlète qui se bat contre ses propres limites physiques et mentales sur un projet au long cours.

« Bachelor Party », une voie de légende au cœur du Nevada

Pour comprendre l’ampleur de l’exploit, il faut revenir sur l’histoire de cette voie. Située sur les parois du Mount Potosi, « Bachelor Party » n’est pas n’importe quelle ligne.

Une création française devenue mythe américain

Elle a été équipée au début des années 2000 par une légende de l’escalade, le Français François Legrand. À l’époque, elle était considérée comme l’une des voies les plus difficiles des États-Unis. Sa réputation était telle qu’il a fallu attendre 2017 pour qu’elle connaisse sa deuxième ascension, réalisée par l’Américain Jonathan Siegrist.

Un style qui ne pardonne pas

La difficulté de « Bachelor Party » réside dans son profil : un toit horizontal spectaculaire percé de petites prises, appelées « poches ». Ce style d’escalade, très physique et exigeant pour le haut du corps, est précisément ce que Honnold considère comme son « anti-style ». Il a dû travailler d’arrache-pied pour développer la puissance et la technique nécessaires pour surmonter ce défi.

La cotation en débat : 9a ou 8c+ ?

En escalade, la difficulté d’une voie est évaluée par une cotation. « Bachelor Party » est historiquement cotée 9a (ou 5.14d dans le système américain), un niveau atteint par une petite élite mondiale.

Pourtant, avec son humilité habituelle, Honnold a suggéré une décote personnelle à 8c+ (5.14c). La raison ? Il a utilisé une méthode différente de ses prédécesseurs, une nouvelle « bêta » (jargon de grimpeur pour désigner une séquence de mouvements) qui inclut des coincements de genoux. Ces techniques permettent de se reposer et de soulager les bras, rendant certains passages moins ardus.

Cependant, son ami et partenaire de cordée Tommy Caldwell insiste sur le fait que sans ces coincements de genoux, la voie conserve toute sa difficulté originelle de 9a. Ce débat illustre bien la subjectivité des cotations, qui peuvent varier selon la morphologie et les points forts de chaque grimpeur.

Plus qu’une simple ascension : la « Race to 9a »

Cette performance s’inscrit dans un contexte amical mais stimulant : la « Race to 9a ». Lancé en août 2023, ce défi informel réunissait trois légendes de l’escalade : Alex Honnold, Tommy Caldwell et Sonnie Trotter. L’objectif était simple : qui des trois parviendrait le premier à enchaîner une voie de ce niveau ?

Pour Caldwell et Trotter, il s’agissait d’un retour au plus haut niveau après s’être consacrés à d’autres projets. Pour Honnold, c’était une manière de repousser ses limites en escalade sportive. C’est finalement le Canadien Sonnie Trotter qui a remporté la course en juin 2024, en réalisant « Spirit Quest » à Squamish.

Cette compétition amicale est documentée dans le film Race to 9A de Simon Yamamoto, qui explore les défis liés à l’âge, la paternité et la recherche d’équilibre entre vie de famille et performance de haut niveau, comme le rapporte le site Advnture.com.

L’équilibre d’un athlète hors norme

La réussite de Honnold dans « Bachelor Party » est d’autant plus impressionnante qu’elle a été obtenue en jonglant avec ses obligations professionnelles et sa vie de père. Comme il l’a confié au magazine Gripped.com, les saisons d’escalade ont souvent été interrompues par les naissances de ses enfants, l’obligeant à reconstruire sa forme physique à chaque fois.

Cette ascension est sa dixième voie dans le niveau 5.14 (au-dessus de 8b+), mais elle symbolise bien plus qu’un simple chiffre. Elle prouve que même pour un athlète de sa trempe, la persévérance et la passion restent les moteurs essentiels de la réussite.

Alors qu’il se prépare à captiver le grand public avec une performance vertigineuse sur un gratte-ciel, Alex Honnold a déjà remporté la victoire qui comptait peut-être le plus pour lui : celle contre lui-même, sur un morceau de rocher isolé du Nevada.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
RELATED ARTICLES

Most Popular