« On s’est juré de ne pas se manger les uns les autres. » Cette promesse, aussi sombre que puissante, est le pacte qui a uni une famille pendant 38 jours d’enfer. Imaginez : vous, vos enfants, perdus au milieu de l’immensité du Pacifique, avec pour seul horizon l’eau salée et le ciel infini. C’est l’histoire vraie et poignante de la famille Robertson, une aventure qui a viré au cauchemar, devenant l’une des plus incroyables leçons de survie et de performance humaine jamais documentées.
Le grand départ pour l’« université de la vie »
Au début des années 1970, loin de l’océan, la famille Robertson mène une vie paisible dans une ferme du Staffordshire, en Angleterre. Dougal, un ancien officier de la marine marchande, et sa femme Lyn, infirmière, élèvent leurs quatre enfants : Douglas (18 ans), Anne (17 ans), et les jumeaux Neil et Sandy (9 ans). Mais Dougal rêve d’autre chose pour sa famille. Il aspire à leur offrir ce qu’il appelle « l’université de la vie », un apprentissage par l’expérience, loin des sentiers battus.
La décision est radicale : ils vendent tout. La ferme, les terres, tout ce qu’ils possèdent est investi dans une goélette en bois de 13 mètres, la Lucette. Le 27 janvier 1971, sans grande préparation, la famille quitte le port de Falmouth. Leur objectif ? Un tour du monde, une aventure pour se forger des souvenirs et des compétences. Pendant 18 mois, ils naviguent, traversant l’Atlantique et le canal de Panama, s’immergeant dans leur nouvelle vie nomade.
Quand le rêve se brise en 60 secondes
Le 15 juin 1972, le voyage prend une tournure dramatique. Alors qu’ils naviguent à plus de 300 kilomètres des îles Galápagos, une force de la nature vient anéantir leur navire. Un groupe d’orques, dans une attaque aussi soudaine que brutale, percute la coque de la Lucette. Le vieux voilier en bois ne résiste pas. En moins d’une minute, le bateau qui était leur maison sombre dans les profondeurs du Pacifique.
L’équipage, qui compte aussi un jeune passager nommé Robin Williams, n’a que le temps de sauter dans leur radeau de survie pneumatique et une petite annexe en fibre de verre. Leur situation est désespérée. Ils sont six, au milieu de nulle part, avec des provisions dérisoires : quelques oranges, des citrons, et à peine assez d’eau pour quelques jours. Ils n’ont ni carte, ni boussole, ni radio pour appeler à l’aide.
Survivre : une performance de chaque instant
Face à une mort quasi certaine, la famille doit puiser dans des ressources insoupçonnées. C’est ici que l’aventure se transforme en une extraordinaire démonstration de performance mentale et physique.
L’ingéniosité comme seul outil
Dougal, avec son expérience de marin, devient le pilier de leur survie. Chaque jour est une lutte, une nouvelle énigme à résoudre. Ils apprennent à collecter la moindre goutte d’eau de pluie. La faim les pousse à développer des techniques de pêche rudimentaires. Ils attrapent des dorades, des poissons volants et, surtout, des tortues marines.
Ces tortues deviennent leur principale source de subsistance. La viande les nourrit, mais c’est leur sang qui les sauve de la déshydratation lorsque l’eau douce vient à manquer. Une réalité crue, mais vitale. Lyn, grâce à ses compétences d’infirmière, soigne les blessures et veille à maintenir un semblant d’hygiène pour éviter les maladies.
Le pacte pour rester humain
La survie n’est pas qu’une question de nourriture et d’eau. C’est avant tout une bataille psychologique. L’épreuve la plus rude survient après 16 jours, lorsque le radeau pneumatique se déchire et devient inutilisable. Ils doivent alors tous s’entasser dans la minuscule annexe de moins de 3 mètres, un espace où la promiscuité et le désespoir pourraient détruire n’importe quel groupe.
C’est dans ce contexte qu’ils se font cette promesse, rapportée par le média Outside.fr : « On s’est juré de ne pas se manger les uns les autres ». Ce pacte symbolise leur volonté farouche de conserver leur humanité et leurs liens familiaux face à l’adversité la plus totale. Il s’agit de l’ultime acte de résilience : choisir la coopération plutôt que l’instinct de survie individuel.
Le sauvetage inespéré et l’héritage d’une famille
Les jours s’écoulent, lents et éprouvants. Chaque lever de soleil est une victoire, chaque nuit une épreuve. Au 38ème jour, alors que leurs corps et leurs esprits sont à bout de forces, ils aperçoivent une silhouette à l’horizon. C’est un chalutier japonais, le Tokamaru II. L’équipage, stupéfait, les recueille, mettant fin à leur calvaire.
L’histoire de la famille Robertson a fait le tour du monde. Dougal a raconté leur incroyable périple dans un livre devenu un classique du récit de survie, Survive the Savage Sea. Comme le souligne Bateaux.com, leur aventure est devenue une référence sur la survie en mer.
Au-delà du récit d’aventure, l’épopée des Robertson est une profonde leçon sur la résilience humaine. Elle nous rappelle que face aux éléments déchaînés, la plus grande force ne réside pas dans les muscles, mais dans l’ingéniosité, la coopération et la volonté inébranlable de vivre. L’« université de la vie » voulue par Dougal leur a offert la plus dure, mais aussi la plus marquante des leçons.
