Franjo von Allmen : Le funambule des pistes défie le risque et Odermatt à Wengen
À l’aube des mythiques épreuves du Lauberhorn, tous les regards sont tournés vers un duel au sommet. D’un côté, le maître des neiges, Marco Odermatt. De l’autre, l’étoile montante au style flamboyant, Franjo von Allmen. Ce jeune Bernois, champion du monde de descente en titre, fascine autant par sa vitesse que par son approche audacieuse du danger. Mais qui est vraiment ce skieur qui semble danser avec le risque ? Loin des clichés, il nous livre une vision où l’adrénaline rime avant tout avec plaisir et passion.
Wengen, le théâtre de ses exploits
Pour Franjo von Allmen, Wengen n’est pas une piste comme les autres. C’est ici, l’an dernier, qu’il a éclaboussé le cirque blanc de son talent, remportant le super-G et s’offrant une deuxième place dans la descente reine, juste derrière Odermatt. Des souvenirs impérissables qui nourrissent sa confiance.
«Je suis reparti de Wengen avec des émotions très positives et j’ai essayé de les prendre avec moi en venant ici cette année», confie-t-il.
Pourtant, le jeune champion garde la tête froide. Il sait que les compteurs sont remis à zéro et que chaque course est une nouvelle histoire. «Mais tout repart de zéro», tempère-t-il, conscient de la difficulté de réitérer de tels exploits.
Un style à haut risque : entre audace et maîtrise
La réputation de Franjo von Allmen est faite : c’est un attaquant, un skieur qui n’hésite pas à flirter avec les limites pour gagner de précieux centièmes. Ce style spectaculaire lui a déjà valu deux chutes cette saison, alimentant les débats sur sa prise de risque.
Des chutes analysées avec lucidité
Loin de se laisser abattre, le skieur de Boltigen analyse ses erreurs avec une maturité déconcertante.
«La première fois (à Beaver Creek), c’était un coup de malchance. La deuxième (à Val Gardena), c’était tout simplement une erreur stupide de ma part à l’approche du saut.»
Cette capacité à dissocier le sort de l’erreur technique montre sa profonde compréhension de la discipline. Il ne subit pas, il apprend.
La quête de l’équilibre parfait
Face aux critiques de certains experts, Franjo von Allmen travaille sans relâche pour affiner son ski. L’objectif ? Conserver sa vitesse explosive tout en gagnant en régularité.
«J’essaie d’être plus stable, de prendre moins de risques tout en restant rapide», explique le Bernois. «Ça ne marche pas toujours aussi bien qu’espéré, mais j’espère que ça va s’améliorer.»
Un défi complexe qui consiste à dompter sa fougue sans la renier, car c’est bien elle qui fait sa force.
L’adrénaline comme exutoire
Pour gérer la pression immense du circuit mondial, Franjo von Allmen a besoin de soupapes de décompression. Loin des pistes de ski, il trouve son équilibre dans des activités tout aussi intenses : le motocross et le paintball.
Comme le souligne son profil sur Red Bull, il est un spécialiste de la vitesse, sur la neige comme sur la terre. Une récente photo publiée sur son compte Instagram, montrant un dos marqué par des impacts de paintball, a beaucoup fait parler.
«Heureusement, ce n’était pas le mien», s’amuse-t-il. «On a juste joué au paintball entre potes. Si le dos de mon ami ressemblait à ça, c’est peut-être aussi dû à mon cercle d’amis. Ils ne sont parfois pas tout à fait normaux!»
Cette anecdote révèle une facette essentielle de sa personnalité : un besoin de s’amuser et de partager des moments forts avec ses proches, loin du sérieux de la compétition.
Le risque, une philosophie du plaisir
Alors, Franjo von Allmen est-il une tête brûlée ? Pas si simple. Sa vision du risque est bien plus nuancée qu’il n’y paraît. Pour lui, l’engagement n’est pas une fin en soi, mais la conséquence de sa quête de plaisir et d’énergie.
«Je ne cherche pas consciemment le risque», précise-t-il. «Je suis bien conscient que ma carrière de skieur est désormais prioritaire et qu’il ne faut pas prendre trop de risques en dehors des pistes.»
Son récent backflip à ski, sur un tremplin qu’il a lui-même construit, illustre parfaitement sa philosophie.
«Rester à la maison à ne rien faire ne me donne pas d’énergie. C’est plutôt la moto, le ski ou d’autres activités sportives qui me donnent de l’énergie et de la joie de vivre. Ainsi, l’aspect ludique de mon enfance reste un peu intégré à ma vie de professionnel.»
Pour lui, le risque n’est pas une recherche délibérée du danger, mais plutôt «le côté ludique» qu’il souhaite conserver. Une approche rafraîchissante qui place le jeu et la joie de la vitesse au cœur de la performance, comme il l’exprime sur son site officiel.
Un parcours qui force le respect
Derrière l’athlète se cache un jeune homme au parcours de vie poignant. Zimmermann de métier, Franjo von Allmen a fait face à une terrible épreuve en perdant son père à l’âge de 17 ans, un drame qui a forgé son caractère et sa résilience, comme le raconte cet article émouvant de Blick. Cette force intérieure se ressent aujourd’hui dans sa manière d’aborder la compétition.
Sa progression fulgurante, avec un palmarès déjà exceptionnel – champion du monde 2025 et triple médaillé olympique 2026 (Wikipedia) – le place déjà parmi les grands, souvent comparé à des légendes comme Beat Feuz ou son rival Marco Odermatt.
Le plaisir comme moteur ultime
À l’heure de s’élancer sur le Lauberhorn, la recette de Franjo von Allmen reste la même. Pas de calcul, pas de pression superflue, juste l’envie de revivre ces sensations qui le font vibrer.
«J’essaie de conserver la décontraction de la saison passée. Au départ, le même principe s’applique toujours pour moi: prendre du plaisir et en profiter.»
C’est peut-être là que réside le secret de ce champion hors-norme. En skiant avec son cœur, Franjo von Allmen ne se contente pas de dévaler les pistes. Il nous rappelle que le sport de haut niveau peut aussi être une formidable source de joie et de liberté. Le public de Wengen ne s’y trompe pas et attend avec impatience de le voir, une fois de plus, danser avec la pente.
