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Highline : Zoé Goultas et l’héritage des grimpeurs rebelles

Highline : Zoé Goultas et l’héritage des grimpeurs rebelles

Marcher au-dessus du vide, sur un fil de quelques centimètres de large, avec pour seul horizon le ciel et la roche. C’est le quotidien de Zoé Goultas, une Marseillaise de 26 ans qui a transformé le vertige en art. En novembre 2025, après seulement trois ans d’une pratique acharnée, elle a été sacrée championne du monde de highline freestyle. Une consécration fulgurante qui met en lumière une discipline spectaculaire, encore confidentielle, mais portée par une communauté passionnée. Loin des projecteurs et des sponsors, Zoé incarne l’esprit d’une génération d’athlètes qui ne cherchent pas la gloire, mais la liberté et le partage, marchant ainsi dans les pas des grimpeurs rebelles qui les ont inspirés.

La highline, un dialogue avec le vide

Mais qu’est-ce que la highline exactement ? Imaginez une sangle, similaire à celles utilisées pour la slackline, mais tendue à des hauteurs vertigineuses. Elle peut être installée entre deux falaises, deux immeubles ou au-dessus d’un canyon, souvent à plus de 30 mètres du sol. Pour les plus audacieux, comme lors de certains événements aux États-Unis, le vide peut atteindre 200 à 400 mètres.

Sur cette ligne, les athlètes ne se contentent pas de marcher. La version freestyle, dans laquelle Zoé excelle, consiste à réaliser des figures acrobatiques complexes et dynamiques. On parle de “Yoda”, de “Lazy Girl” ou encore d’”Almighty”. Chaque mouvement est un mélange de puissance, de souplesse et d’une concentration absolue. La highline est bien plus qu’une performance sportive ; c’est un exercice mental intense, une méditation en mouvement où la peur doit être apprivoisée pour laisser place à la maîtrise.

Zoé Goultas, la “gnac” d’une championne

Le parcours de Zoé a de quoi surprendre. En seulement trois ans, elle a atteint le plus haut niveau mondial. Un exploit qui témoigne d’une détermination hors du commun, de ce que l’on appelle la “gnac” : une motivation féroce, une envie qui déplace des montagnes. Originaire de Marseille, elle s’entraîne sans relâche sur les spots de la région, notamment à Carro, souvent accompagnée de son compagnon, Manu, lui aussi compétiteur de haut niveau (il a terminé 3ème au même championnat du monde).

Cette ascension n’est pas le fruit du hasard, mais de milliers d’heures de travail. La highline est une discipline exigeante où les débuts sont souvent ingrats. Il faut accepter de tomber, encore et encore, avant de trouver l’équilibre parfait. Cette persévérance est la marque de fabrique de Zoé. Pour elle, le podium n’est pas une fin en soi. “On se sent en vie d’être aussi haut dans les airs”, une sensation que beaucoup de pratiquants recherchent, comme le souligne un reportage de France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur. L’essentiel est ailleurs : dans le dépassement de soi et la promotion de sa discipline.

Sur les traces des pionniers de l’escalade

Pour comprendre l’état d’esprit qui anime Zoé et la communauté de la highline, il faut remonter aux années 80, dans les parcs nationaux américains comme le Yosemite. C’est là qu’est née la discipline, dans le sillage de l’escalade libre. Les grimpeurs de l’époque, souvent qualifiés de rebelles, vivaient en marge de la société, dédiant leur existence à la roche. Ils inventaient leurs propres règles, loin des fédérations et de l’esprit de compétition traditionnel.

Cet héritage est omniprésent dans la highline moderne. Aujourd’hui encore, la discipline évolue avec très peu de soutien financier ou médiatique. Les athlètes font face à un manque criant de spots légaux où s’entraîner en toute sécurité. Comme les grimpeurs avant eux, les highliners font preuve d’un esprit combatif et d’une incroyable débrouillardise. Ils s’organisent, s’entraident et financent leur passion par leurs propres moyens. Zoé, par exemple, a créé une ligne de t-shirts pour soutenir le développement de la pratique.

Une communauté soudée comme moteur

Plus qu’une simple motivation, c’est cet esprit de corps qui permet à la highline de grandir. Loin de la rivalité exacerbée que l’on peut voir dans d’autres sports, les highliners forment une famille. La réussite de l’un est la victoire de tous. Cette solidarité est essentielle pour repousser les limites, que ce soit en compétition ou lors de projets en pleine nature.

Cette mentalité se reflète dans l’objectif principal de Zoé : faire connaître et reconnaître sa discipline. Elle ne court pas après la reconnaissance personnelle, mais se bat pour que la highline obtienne la place qu’elle mérite dans le monde des sports outdoor. Un combat qui passe par la visibilité, l’organisation d’événements et la transmission de sa passion aux nouvelles générations.

Quel avenir pour la highline ?

Malgré son titre de championne du monde, le quotidien de Zoé Goultas n’a pas radicalement changé. La recherche de financements et de lieux de pratique reste un défi permanent. Pourtant, l’avenir s’annonce prometteur. Avec des compétitions prévues en 2026 au Brésil et en Suisse, la scène internationale se structure peu à peu.

Le parcours de Zoé est une source d’inspiration. Il prouve que la passion et la persévérance peuvent venir à bout de bien des obstacles. Elle n’est pas seulement une athlète d’exception ; elle est l’ambassadrice d’une culture qui prône la liberté, l’entraide et un rapport authentique à la nature. En marchant sur son fil, Zoé Goultas ne fait pas que défier la gravité. Elle trace un chemin pour toute une discipline, portant avec elle l’héritage précieux des grimpeurs rebelles.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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