Piton Ron Olevsky : L’Héritage d’un Pionnier Audacieux de l’Escalade dans le Désert
Le monde de l’escalade a perdu l’une de ses figures les plus emblématiques. Ron Olevsky, surnommé “Piton Ron”, nous a quittés le 23 juillet 2025, à l’âge de 71 ans. Plus qu’un simple grimpeur, il était un véritable pionnier, un visionnaire qui a dessiné les lignes d’escalade sur les parois de grès rouge de l’Utah. Son héritage n’est pas seulement gravé dans la roche, mais aussi dans le cœur d’une communauté qu’il a contribué à bâtir avec une générosité aussi grande que son caractère était trempé.
Qui était Ron Olevsky, l’homme derrière le mythe ?
Loin des falaises arides du sud-ouest américain, l’histoire de Ron Olevsky commence à New York. Né en 1954 d’un père violoniste et d’une mère historienne de l’art, il a grandi dans un environnement cultivé. Pourtant, c’est l’appel des grands espaces et des parois vierges qui a guidé sa vie.
Lorsqu’il a découvert les paysages spectaculaires du sud de l’Utah, ce fut une révélation. Il a fait de la petite ville de St. George son camp de base et le centre de son univers. C’est de là qu’il a lancé ses explorations, devenant une figure incontournable de l’escalade dans le désert durant les années 1970 et 1980.
Ceux qui l’ont connu décrivent un personnage complexe et fascinant. Sous une apparence robuste et une attitude parfois bourrue se cachait un homme loyal, doté d’un sens de l’humour unique et d’une générosité sans faille. Il incarnait l’indépendance farouche des premiers explorateurs, n’hésitant pas à partir en solo auto-assuré, avec, selon la légende, un revolver à ses côtés.
Un pionnier sur les murs de grès
L’héritage de Ron Olevsky se mesure au nombre de premières ascensions qu’il a laissées derrière lui. Il avait un talent exceptionnel pour repérer des lignes logiques et esthétiques là où personne n’avait osé s’aventurer. Son nom est associé à certaines des voies les plus mythiques de la région.
Les chefs-d’œuvre du Parc National de Zion
Zion est sans doute le lieu où l’empreinte de “Piton Ron” est la plus profonde. Il a ouvert des voies qui sont devenues des classiques du big-wall, définissant les standards de l’escalade libre et artificielle de l’époque.
Parmi ses réalisations majeures, on compte :
* Touchstone Wall (5.10- C2)
* Spaceshot (5.7 C2)
* Sunlight Buttress (5.11c)
* Prodigal Sun (5.8 C2)
Chacune de ces voies représente un défi d’envergure, un dialogue audacieux avec des parois de plusieurs centaines de mètres. Elles témoignent de son engagement total et de sa vision de pionnier de l’escalade en Utah.
Au-delà de Zion : Snow Canyon et le Colorado
Son terrain de jeu ne se limitait pas à Zion. Dans le Snow Canyon, tout proche, il a également laissé sa marque avec des voies comme Pygmy Alien (5.8) ou l’audacieuse Babes in Thailand (5.10a). Son appétit pour l’aventure l’a même conduit jusqu’au Colorado, où il a réalisé la première ascension de Pervertical Sanctuary (5.11a) sur le célèbre Longs Peak.
Un de ses exploits les plus symboliques reste la première ascension légale d’Owl Rock, dans le parc national des Arches, en 1978. Quarante ans plus tard, à 63 ans, il a répété cette ascension, prouvant que la passion et la détermination transcendent le temps. Un article de KSL News a d’ailleurs immortalisé cet exploit.
Bâtisseur d’une communauté de grimpeurs
Si Ron Olevsky était connu pour ses exploits en solitaire, il était aussi un pilier de la communauté des grimpeurs. Son caractère bien trempé cachait une profonde loyauté envers ses amis et une grande générosité.
Jason Hurst, une figure locale, se souvient de lui en ces termes : “Si vous étiez un grimpeur dans le sud de l’Utah dans les années 80 et 90, il y a de fortes chances que vous ayez eu une rencontre avec Ron dont vous vous souviendrez toujours, affectueusement ou non…” Il ajoute : “C’était peut-être une âme acariâtre, mais c’était un ami loyal et généreux de son temps et de ses ressources. Sa place dans la tapisserie colorée de l’histoire de l’escalade est assurée.”
Dans les années 2000, sa maison à St. George était un refuge pour les grimpeurs de passage. Il a accueilli, conseillé et partagé son amour pour le désert avec de nombreuses générations.
Son engagement ne s’arrêtait pas là. Il a aussi défendu l’accès aux sites d’escalade avec un humour décapant. Allen Sanderson, l’un des fondateurs de l’Access Fund, raconte que Ron avait fait imprimer des t-shirts pour les membres du comité, une blague interne sur leurs combats incessants. C’était sa manière de mêler humour et militantisme.
L’héritage durable de “Piton Ron”
Ron Olevsky était bien plus qu’un simple nom dans un topo d’escalade. Il incarnait l’esprit d’une époque : celle de l’exploration, de l’indépendance et de la camaraderie. Il a montré qu’il était possible de vivre une vie dictée par la passion, en harmonie avec un environnement aussi exigeant que magnifique.
Son héritage, comme le souligne l’American Alpine Club, est celui d’un des grimpeurs les plus colorés et pionniers du sud-ouest. Les voies qu’il a ouvertes continueront de tester le courage et la technique des grimpeurs pendant des décennies. Mais ce sont surtout les histoires, les anecdotes et le souvenir d’un homme authentique qui continueront de nourrir l’âme de la communauté qu’il a tant aimée.
Aujourd’hui, en parcourant les canyons de l’Utah, on ne peut s’empêcher de sentir la présence de ceux qui, comme “Piton Ron”, ont eu l’audace de regarder une paroi vierge et d’y voir un chemin vers le ciel.
