Championnats du Monde de Freeride en Andorre : Une Première Historique au Goût d’Inachevé
L’attente était immense. Pour la toute première fois, le freeride tenait ses propres championnats du monde sous l’égide de la Fédération Internationale de Ski (FIS). Et c’est la principauté d’Andorre, avec ses sommets acérés, qui a eu l’honneur d’accueillir cet événement fondateur. Une compétition qui a tenu toutes ses promesses en termes de spectacle et de performances, mais qui a laissé un goût amer en raison d’une météo capricieuse et de décisions contestées.
Entre des runs d’anthologie et des annulations frustrantes, cette première édition restera dans les mémoires comme un jalon historique, mais aussi comme une édition à moitié réussie.
Un Théâtre Grandiose pour une Première Mondiale
Le choix de la station d’Ordino Arcalís n’avait rien d’un hasard. Réputée pour la qualité de sa neige et ses terrains de jeu exigeants, elle offrait une scène parfaite pour couronner les premiers champions du monde de l’histoire.
La face Basser Negre : un juge de paix
C’est sur l’imposante face de Basser Negre que les meilleurs riders de la planète avaient rendez-vous. Avec un dénivelé de 470 mètres, une orientation nord-est idéale pour la conservation de la neige et une pente moyenne de 36°, le terrain était à la fois technique et créatif. Falaises, barres rocheuses et sections raides offraient un éventail infini de possibilités pour les athlètes, leur permettant d’exprimer tout leur talent. Cette reconnaissance par la FIS, construite main dans la main avec le Freeride World Tour, marque une étape cruciale pour la professionnalisation de la discipline.
Quand la Météo Pyrénéenne Devient l’Arbitre Principal
Si le décor était planté, un invité de dernière minute est venu jouer les trouble-fêtes : la météo. Les Pyrénées ont été le théâtre de conditions extrêmes, transformant le rêve en un véritable défi logistique et mental.
D’énormes chutes de neige, déposant jusqu’à 150 cm de neige fraîche, ont d’abord fait le bonheur des compétiteurs. Mais ce cadeau blanc s’est rapidement accompagné de son lot de complications : un brouillard épais, un vent violent et une visibilité quasi nulle. Ces conditions ont contraint les organisateurs à jongler avec le programme, créant une attente nerveuse pour les athlètes. L’incertitude était telle que d’autres épreuves prévues sur le site, comme celles de ski-alpinisme, ont dû être purement et simplement annulées.
Des Prestations Mémorables Malgré les Aléas
Dans ce contexte difficile, les athlètes qui ont pu s’élancer ont offert un spectacle de très haut niveau, prouvant leur incroyable capacité d’adaptation. La compétition s’est déroulée sur un format réduit à un seul run par athlète, ajoutant une pression supplémentaire où l’erreur n’était pas permise.
Snowboard : Les Français Brillent
En snowboard, la délégation française a particulièrement brillé. Chez les hommes, la légende Victor de Le Rue a décroché une superbe médaille d’argent (80 pts), juste derrière le Suisse Liam Rivera qui a été sacré premier champion du monde de la discipline avec un score de 84.33 points, comme le rapporte Blick.ch.
Côté femmes, la Française Noémie Equy a également réalisé une performance exceptionnelle, montant sur la deuxième marche du podium (81.33 pts). Elle est devancée par l’Américaine Mia Jones, qui repart avec le titre mondial grâce à un run noté à 84 points.
Ski Hommes : La Consécration pour Ben Richards
La compétition de ski masculin a vu la victoire du Néo-Zélandais Ben Richards, qui a survolé l’épreuve avec un run quasi parfait noté à 91.67 points. Le Français Ugo Troubat s’est offert une magnifique médaille d’argent (86 pts), confirmant le talent de l’école française de freeride. Les résultats complets sont disponibles sur Liveheats.
La Controverse de l’Épreuve de Ski Féminin
C’est l’épreuve de ski féminin qui a cristallisé toutes les frustrations. La compétition a bien débuté, mais a été interrompue après la chute impressionnante, heureusement sans gravité, de la Néo-Zélandaise Jess Hotter. Face à la dégradation rapide de la visibilité, les organisateurs ont pris la décision radicale d’annuler la suite de l’épreuve.
La Polonaise Zuzanna Witych, en tête à ce moment-là, a été déclarée championne du monde. Mais cette décision a laissé un goût amer, notamment pour les skieuses qui n’ont pas eu la chance de prendre le départ, comme les Françaises Manon Loschi et Astrid Cheylus. L’absence de plan pour un report a été largement critiquée, laissant un sentiment d’inachevé et d’incompréhension pour une partie des athlètes et du public.
Bilan : Un Premier Chapitre Plein de Promesses
Alors, que retenir de ces premiers championnats du monde de freeride FIS ? D’un côté, un succès indéniable : l’événement a eu lieu, il a couronné des champions exceptionnels et a offert une visibilité sans précédent à la discipline. La participation internationale, avec des athlètes venus du monde entier, témoigne de la vitalité du freeride.
De l’autre, les caprices de la météo et une décision controversée ont terni la fête. Cette première édition a mis en lumière les défis immenses liés à l’organisation d’une compétition de cette envergure en haute montagne.
Ce premier chapitre, même imparfait, reste historique. Il pose les fondations pour l’avenir du ski et du snowboard freeride au plus haut niveau. Les organisateurs devront tirer les leçons de cette édition pour les années à venir, afin que la magie du sport puisse s’exprimer pleinement, sans être entièrement soumise aux aléas du ciel.
