Mort de Joe Montgomery : l’adieu au visionnaire qui a troqué l’acier pour l’aluminium et réinventé le vélo
Le monde du cyclisme est en deuil. Joe Montgomery, le fondateur audacieux de Cannondale, s’est éteint le 2 janvier 2026 à l’âge de 86 ans, comme l’ont confirmé plusieurs sources dont Bike-Café. Plus qu’un simple entrepreneur, il était un “résolveur de problèmes”, un esprit créatif qui a refusé de suivre les sentiers battus. À une époque où l’acier régnait en maître, il a imposé l’aluminium, transformant non seulement un matériau, mais toute une industrie. Son héritage n’est pas fait de métal, mais d’innovations qui continuent de rouler sur les routes et les sentiers du monde entier.
Un “résolveur de problèmes”, pas un ingénieur
L’histoire de Cannondale ne commence pas avec un vélo, mais avec une observation. En 1971, depuis le grenier qu’il loue au-dessus d’une usine de cornichons, près de la gare de Cannondale dans le Connecticut, Joe Montgomery observe un cycliste peinant avec un lourd sac à dos. Sa première pensée n’est pas de concevoir un meilleur vélo, mais de régler un problème concret. De là naît la “Bugger”, la toute première remorque à vélo, qui deviendra le premier produit de sa nouvelle entreprise.
Cette anecdote fondatrice résume toute la philosophie de Montgomery : ne jamais copier, toujours innover. Il n’était pas un ingénieur de formation, mais un observateur pragmatique. Comme le souligne le média Outside.fr, il voyait un défi et cherchait la solution la plus simple et la plus intelligente, quitte à bousculer les conventions.
L’audace de l’aluminium : un pari contre l’acier
Au début des années 80, le dogme dans l’industrie du cycle était simple : les cadres de qualité étaient en acier. Joe Montgomery, fidèle à son esprit de contradiction, y voit une opportunité. Il se lance dans la production de cadres en aluminium aux tubes surdimensionnés.
Le pari est risqué. Les premiers modèles sont réputés pour leur rigidité extrême, parfois au détriment du confort. Mais les avantages sont indéniables : un gain de poids significatif et un transfert de puissance inégalé. Cannondale venait de lancer une révolution. La marque ne se contentait pas de fabriquer des vélos ; elle créait une nouvelle façon de penser la performance, résumée par un slogan publicitaire culte : “Pas besoin de métal lourd pour faire du rock’n’roll.”
Cette innovation a été le socle sur lequel la marque a bâti sa réputation, notamment dans le monde naissant du VTT, où la légèreté et la réactivité de l’aluminium ont immédiatement séduit les athlètes en quête de performance en montagne.
Cannondale : un laboratoire à ciel ouvert
Sous l’impulsion de son fondateur, Cannondale est devenue un “laboratoire permanent”. L’échec n’était pas une fin, mais une étape nécessaire du processus créatif. Cette culture de l’expérimentation a donné naissance à certaines des technologies les plus emblématiques du cyclisme moderne.
La HeadShok et la naissance de la Lefty
Qui d’autre que Cannondale aurait pu imaginer une fourche avec un seul bras ? Avant la Lefty, il y a eu la HeadShok, une suspension intégrée dans le tube de direction, plus légère et plus rigide que les systèmes concurrents.
Mais la Lefty, lancée à la fin des années 90, reste le symbole ultime de l’audace de la marque. Avec son design asymétrique unique, elle offrait une rigidité et une précision de pilotage supérieures tout en étant plus légère. Elle incarne parfaitement la volonté de Montgomery de repenser chaque composant du vélo sans se soucier des standards établis.
Du pédalier Hollowgram au standard BB30
La liste des innovations ne s’arrête pas là. Le pédalier Hollowgram, avec ses manivelles creuses en aluminium, a établi de nouvelles références en matière de ratio poids/rigidité. Dans la foulée, Cannondale a développé le standard de boîtier de pédalier BB30, aujourd’hui largement adopté par l’industrie. Comme le rappelle Velo Vintage Agogo, ces avancées techniques ont consolidé la place de la marque à l’avant-garde de la performance.
Une empreinte durable, de la route aux sentiers de montagne
L’héritage de Joe Montgomery est profondément ancré dans les sports outdoor et la performance en montagne. Les VTT Cannondale ont équipé des légendes comme Tinker Juarez, dominant les circuits de cross-country grâce à la légèreté de leurs cadres en aluminium. Sur la route, des champions comme Mario Cipollini et Cadel Evans ont porté les couleurs de la marque au plus haut niveau.
Plus récemment, cet esprit pionnier s’est manifesté dans le domaine du gravel. En 2015, Cannondale a surpris tout le monde avec le Slate, un vélo équipé d’une fourche Lefty et de pneus larges, brouillant les frontières entre la route et le tout-terrain. C’était l’un des premiers vélos à définir les contours du gravel moderne, un segment aujourd’hui en pleine explosion, parfaitement adapté au bikepacking et à la performance off-road.
Après avoir quitté l’entreprise qu’il avait fondée, Joe Montgomery s’est tourné vers un autre domaine : l’optimisation des systèmes de santé, comme le mentionne le communiqué officiel de la marque. Une dernière preuve de sa volonté infatigable de résoudre les problèmes, quels qu’ils soient.
Aujourd’hui, alors que Top Vélo et toute la communauté cycliste pleurent un véritable pionnier, l’esprit de Joe Montgomery perdure. Chaque coup de pédale sur un vélo en aluminium, chaque virage négocié avec une fourche Lefty, est un hommage à l’homme qui a osé penser le vélo différemment.
