mardi, février 10, 2026
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Le Trail aux Jeux Olympiques : L’Avis Éclairé de Kilian Jornet

Le Trail aux Jeux Olympiques : L’Avis Éclairé de Kilian Jornet

La montagne, ses sentiers, ses défis… Et si cette passion se retrouvait sous les projecteurs des Jeux Olympiques ? L’idée fait son chemin et divise la communauté. Au cœur de ce débat, une voix pèse plus que les autres : celle de Kilian Jornet, icône incontestée de la discipline. Loin de prendre une position tranchée, l’athlète catalan nous invite à une réflexion nuancée, pesant les promesses de visibilité et les risques de dénaturation. Alors, le trail aux JO, bonne ou mauvaise idée ? Plongeons dans l’analyse de celui qui connaît la montagne mieux que personne.

Le ski-alpinisme : un exemple qui pousse à la réflexion

Pour comprendre sa pensée, Kilian Jornet nous ramène 20 ans en arrière, à ses débuts en ski-alpinisme. À l’époque déjà, le « rêve olympique » était sur toutes les lèvres. Il aura fallu deux décennies pour que ce rêve devienne réalité, mais à quel prix ?

Le ski-alpinisme, originellement un sport d’endurance avec des courses longues de 2 à 4 heures en équipe, s’est métamorphosé. Pour séduire le Comité International Olympique (CIO), il est devenu un sport de vitesse. Les épreuves olympiques se bouclent aujourd’hui en 3 à 8 minutes. Une transformation radicale qui, selon Jornet, a eu des conséquences directes : si la visibilité médiatique et le soutien aux athlètes ont augmenté, la participation amateur, elle, a chuté. Les pratiquants ne se reconnaissaient plus dans ce format ultra-rapide, si éloigné de leur pratique originelle.

Les deux faces de la médaille olympique

Fort de cet exemple, Jornet applique la même grille de lecture au trail running. Sa conclusion est claire : l’arrivée du trail aux JO ne serait ni totalement bonne, ni totalement mauvaise.

Un gain de visibilité et de structuration indéniable

Le principal avantage serait sans conteste la visibilité. Une exposition olympique attirerait les médias, les sponsors et, par conséquent, renforcerait le soutien financier aux athlètes de haut niveau. Cela encouragerait aussi la participation de nouvelles nations.

Jornet souligne que des pays comme le Maroc ou la Chine, qui comptent des athlètes de classe mondiale, peinent à les soutenir faute de structures fédérales dédiées au trail. L’olympisme pourrait changer la donne, incitant ces fédérations à s’investir, comme ce fut le cas pour les coureurs d’Afrique de l’Est (Ouganda, Kenya) en course en montagne.

Le risque d’une perte d’identité

Le revers de la médaille, c’est la standardisation. Le trail se définit par sa diversité : des formats courts et nerveux aux ultra-trails de plusieurs jours, des sentiers roulants aux parcours techniques en haute montagne. Or, le format olympique serait unique et dicté par les exigences télévisuelles.

Comme l’analyse un article détaillé sur Esprit Trail, il faudrait un format facile à filmer et à suivre pour le grand public. On peut donc imaginer des courses sur des boucles courtes, près des villes, avec moins de technicité et peut-être même plus d’asphalte. Un format qui, selon certains, ferait perdre son âme à la discipline, comme le craint un podcast de Runnea sur le sujet.

Vers un trail formaté pour la télévision ?

Cette tendance à l’uniformisation est déjà visible sur certains circuits professionnels, comme la Golden Trail Series. Kilian Jornet observe que, hormis les courses historiques et mythiques comme Zegama ou Sierre-Zinal, les nouvelles épreuves peinent à attirer les amateurs. Elles proposent des parcours en boucle, plus accessibles pour le public et les caméras, mais souvent moins sauvages et moins intéressants pour le coureur lambda.

Le risque est de voir naître un « trail olympique » qui ressemblerait davantage à un long cross-country qu’à une véritable aventure en montagne. Cette standardisation pourrait créer une discipline élitiste, déconnectée de sa base de pratiquants.

Conclusion de Kilian Jornet : une coexistence est possible

Alors, faut-il craindre pour l’avenir du trail ? Pas forcément. La position de Jornet, jugée consensuelle par certains observateurs comme le souligne U-Trail, est finalement pragmatique. Pour lui, le trail est aujourd’hui un sport suffisamment solide et populaire pour ne pas dépendre des Jeux Olympiques.

Il imagine une coexistence, à l’image du triathlon. D’un côté, une discipline olympique très spécifique, avec ses athlètes et ses fans. De l’autre, un circuit riche et varié (Ironman, formats populaires, etc.) où professionnels et amateurs continuent de se retrouver. Vous pouvez retrouver l’intégralité de sa vision dans son manifeste « State of Trail 2026 ».

Le seul vrai inconvénient, conclut-il avec humour, serait de devoir expliquer à chaque repas de famille que non, le trail ne se résume pas à courir en rond sur un circuit de 5 km. Une petite contrainte face à une opportunité de faire découvrir la discipline au monde entier. Le débat reste ouvert, mais la vision de Kilian Jornet offre des clés de lecture essentielles pour imaginer l’avenir de ce sport en pleine nature.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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