Guirec Soudée face à l’impossible : le record du tour du monde à l’envers en ligne de mire
Imaginez-vous courir un marathon, mais à reculons. Ou remonter un fleuve puissant à la nage. C’est, à l’échelle de la planète, le défi insensé dans lequel s’est lancé le navigateur Guirec Soudée. Fin décembre 2025, il a largué les amarres pour une tentative de record hors norme : le tour du monde à la voile à l’envers, en solitaire et sans escale. Un périple contre les vents et les courants dominants, là où la mer se montre la plus hostile.
Après 45 jours d’une lutte acharnée, le skipper breton est à mi-parcours. Il ne vise pas seulement l’exploit, mais un temps historique de moins de 100 jours. Face à lui, un fantôme, une légende : le record de Jean-Luc Van Den Heede, établi en 2004 en 122 jours, et qui tient bon depuis plus de vingt ans. La question est sur toutes les lèvres : l’aventurier des temps modernes peut-il détrôner le maître ?
Le tour du monde “à l’envers” : un défi titanesque
Naviguer autour du globe est déjà un exploit. Le faire “à l’envers”, d’est en ouest, relève d’une autre dimension. C’est choisir la voie la plus difficile, un combat permanent contre les forces de la nature. Alors que des courses comme le Vendée Globe suivent la route des vents portants, ce parcours impose de les affronter.
Une route semée d’embûches
Le trajet est bien plus long, près de 40 000 milles nautiques (environ 74 000 km), contre 25 000 pour un Vendée Globe classique. Chaque mille est une victoire arrachée à l’océan. Les vagues déferlent de face, les vents sifflent en sens contraire, et le matériel est soumis à des contraintes extrêmes. C’est un test ultime de résistance, tant pour le bateau que pour l’homme.
Pour cette aventure, Guirec Soudée est à la barre de l’Ultim MACSF, un géant des mers. Ce maxi-trimaran de 32 mètres est une véritable Formule 1 des océans, capable de vitesses folles. Mais sa performance a un prix : une fragilité bien plus grande qu’un monocoque robuste comme celui utilisé par Jean-Luc Van Den Heede pour son record.
Guirec Soudée, l’aventurier dans l’âme
Pour comprendre ce qui pousse un homme à affronter un tel monstre, il faut regarder le parcours de Guirec Soudée. Avant d’être un compétiteur, Guirec est un pur aventurier. Le grand public l’a découvert lors de son premier tour du monde, accompagné de sa désormais célèbre poule, Monique. Un périple marqué par un hivernage de 130 jours dans les glaces du Groenland et le franchissement du redoutable Passage du Nord-Ouest, faisant de lui le plus jeune navigateur à accomplir cet exploit.
Il le dit lui-même : « Moi, j’ai plus le profil de l’aventurier que du régatier ». Cette soif de défi l’a poussé à enchaîner les expériences les plus diverses, de la Route du Rhum à la double traversée de l’Atlantique à la rame. Ce record n’est donc pas une simple course, mais l’aboutissement d’une vie dédiée à repousser les limites.
Une course contre la montre et les éléments
Parti de Ouessant fin décembre 2025, Guirec a immédiatement imprimé un rythme d’enfer. Sa progression a été fulgurante, marquant les esprits lors d’un point de passage clé.
Un Cap Horn franchi à vitesse record
Le 14 janvier 2026, après seulement 21 jours, 18 heures et 44 minutes de mer, l’Ultim MACSF a franchi le Cap Horn. À ce stade, il possédait une avance colossale de plus de 2 000 milles sur le temps de référence de Jean-Luc Van Den Heede. Une performance qui a stupéfié les observateurs et confirmé le potentiel de son bateau. Comme le rapporte le site Ultimboat, cette première partie de parcours a été une démonstration de vitesse et de maîtrise.
Aujourd’hui, au 45ème jour de mer, Guirec a franchi la moitié du chemin. La route est encore longue, mais l’objectif des moins de 100 jours reste plus que jamais d’actualité.
Le verdict du maître : l’avis de Jean-Luc Van Den Heede
Qui de mieux placé pour juger cette tentative que le détenteur du record lui-même ? Jean-Luc Van Den Heede, figure respectée de la course au large, suit la progression de Guirec avec attention. Loin d’être surpris, il estime le record prenable.
Dans une interview accordée à Outside.fr, il souligne le principal facteur d’incertitude : « si le multicoque de Guirec tient le choc ». C’est là que réside toute la complexité de l’équation. La vitesse est une chose, la fiabilité en est une autre, surtout quand il reste un océan Pacifique et un Atlantique à remonter face aux vents.
Les risques et l’inconnu : la deuxième mi-temps
Avec une avance confortable, la tentation pourrait être de gérer. Mais dans ce défi, rien n’est jamais acquis. La deuxième moitié du parcours est un immense champ de mines.
- La fatigue humaine : Plus d’un mois seul en mer, dans des conditions de stress et d’inconfort extrêmes, pèse lourdement sur le physique et le mental.
- L’usure du matériel : Chaque vague, chaque rafale met à l’épreuve la structure du trimaran. La moindre avarie pourrait anéantir tous les espoirs.
- La stratégie météo : Remonter l’Atlantique est un véritable casse-tête stratégique. Un mauvais choix de route peut coûter des jours précieux.
Conscient de ces dangers, Guirec a parfois privilégié la sécurité, quitte à perdre un peu de terrain sur la carte. Une approche prudente mais nécessaire pour espérer voir la ligne d’arrivée, comme l’explique un article de Figaro Nautisme.
Vers un nouvel exploit ?
Guirec Soudée est engagé dans bien plus qu’une simple course au record. Il écrit une nouvelle page de l’aventure maritime, un récit de courage, de résilience et d’engagement total. Il a prouvé qu’il avait la vitesse. Il lui reste à démontrer qu’il a la résistance pour finir le travail.
Le chemin vers Ouessant est encore long et périlleux. Les prochaines semaines seront décisives. Mais une chose est sûre : en défiant l’océan de la manière la plus brutale qui soit, Guirec Soudée nous rappelle que les plus grandes performances sportives sont avant tout des aventures humaines. Le monde de la voile retient son souffle.
