Elettroshock au Val di Mello : L’Aventure Nocturne de la Rédac de Grimper
Quand une simple ascension se transforme en épopée nocturne. C’est l’histoire vécue par la rédaction du magazine Grimper, partie à l’assaut d’« Elettroshock », une voie d’escalade mythique de 8a dans le Val di Mello en Italie. Récit d’une aventure collective où l’horaire a explosé, mais où les souvenirs sont restés gravés dans le granite.
Le Val di Mello : Un Sanctuaire de Granite
Imaginez un lieu où des parois de granite parfaites s’élancent vers le ciel, entourées de forêts verdoyantes et de rivières à l’eau cristalline. Bienvenue dans le Val di Mello, un véritable paradis pour les grimpeurs du monde entier. C’est ici, sur l’impressionnante paroi Sud-Est du Picco Luigi Amedeo, que se trouve « Elettroshock ».
Ouverte en 1989 par le trio Tarcisio Fazzini, Sabina Gianola et Norberto Riva, cette voie de près de 500 mètres est devenue une classique. Avec une cotation maximale de 8a (6c+ obligatoire), elle représente un défi technique et mental considérable, un véritable trait d’union entre l’escalade traditionnelle et l’approche plus moderne.
Une Équipe, Une Mission : Vivre l’Aventure
Pour le numéro spécial de Grimper magazine consacré au Val di Mello, il ne suffisait pas de raconter des histoires. Il fallait les vivre. C’est ainsi que deux cordées du Groupe Excellence Escalade de la FFCAM, composées d’Elsa Ponzo, Jeanne Godechot, Tristan Ladevant et Solène Amoros, se sont lancées dans l’aventure, accompagnées par un membre de la rédaction.
L’objectif n’était pas de battre un record de vitesse, mais de s’imprégner de l’ambiance unique de la voie, de sentir le rocher sous les doigts et de partager une expérience authentique. Une mission qui allait se révéler bien plus intense que prévu.
Une Approche Bucolique Avant la Tempête
Après trois heures de marche, l’équipe atteint le pied de la face. Le sentier, qui quitte le cadre bucolique de la vallée, s’élève à travers la forêt pour déboucher sur un cirque minéral spectaculaire. Le Picco Luigi Amedeo se dresse là, raide et intimidant. La paroi semble attendre, promesse d’un effort intense et d’une escalade inoubliable.
L’Escalade : Quand le Granite Dicte sa Loi
Dès les premières longueurs, le ton est donné. Le granite du Val di Mello est exigeant. Les prises sont petites, les pieds fuyants sur des cristaux qui demandent une confiance absolue dans ses chaussons. Tristan Ladevant, pourtant habitué aux cotations extrêmes, bute à plusieurs reprises dans une longueur en 7a+/b. Le message est clair : Elettroshock ne se laissera pas dompter facilement.
L’équipe progresse lentement, bien plus lentement que prévu. Chaque longueur demande du temps pour être déchiffrée, chaque mouvement doit être précis. La détermination à tout grimper en libre, sans tricher, ralentit encore la progression. Au lieu des 30 minutes espérées par longueur, les cordées mettent près du double.
Le Crux du 8a et le Temps qui File
Arrive enfin la longueur clé en 8a. Un passage technique et physique sur un rocher parfait. Solène Amoros et Tristan Ladevant s’y essaient sans parvenir à l’enchaîner du premier coup. Elsa Ponzo n’est pas loin, mais le temps presse. L’idée d’une « team ascent », où chaque membre aurait libéré toutes les longueurs, s’éloigne. La journée est déjà bien avancée, et le sommet encore loin.
Quand la Nuit S’invite en Paroi
Le soleil commence à décliner, jetant des ombres longues sur la vallée. La panique pourrait s’installer, mais l’expérience des alpinistes prend le dessus. « La nuit ne fait peur que quand elle tombe », lance Elsa Ponzo pour rassurer l’équipe. « Une fois qu’elle est là, on compose avec. C’est une deuxième journée qui commence ! »
Les frontales s’allument. Grimper dans l’obscurité devient une expérience totalement différente. Le monde se réduit au faisceau de lumière de la lampe. Il faut faire confiance à ses sensations, sentir la moindre aspérité du rocher. L’ambiance est à la fois magique et tendue. Les grognements de Tristan, parti en tête dans les dernières longueurs, témoignent de la difficulté persistante de la voie, même dans les sections supposées plus faciles.
Un Sommet au Cœur de la Nuit
C’est finalement vers 22 heures que l’équipe atteint le pied de la dernière longueur. Il faudra encore du temps pour venir à bout de ce dernier obstacle. La descente en rappel, dans le noir complet, est une autre aventure en soi. Quand les grimpeurs retrouvent enfin le plancher des vaches, il est minuit.
L’horaire a été pulvérisé, mais l’essentiel est ailleurs. Épuisés mais soudés, ils partagent le sentiment d’avoir vécu une « sacrée aventure collective sur un rocher parfait ». Une de ces expériences qui forgent les amitiés et rappellent pourquoi l’alpinisme est bien plus qu’un sport.
Cette aventure est à retrouver en détail dans le numéro spécial n°248 de Grimper, entièrement consacré au Val di Mello.
