mercredi, février 4, 2026
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Run Clubs : Enquête sur le nouveau business du running social

Courir seul, c’est bien. Courir ensemble, c’est devenu un véritable phénomène. Si vous habitez en ville, vous les avez sûrement déjà vus : des dizaines, parfois des centaines de coureurs qui envahissent les rues en groupe, créant une énergie collective palpable. Bien plus qu’un simple footing, ces rassemblements sont la face visible d’une tendance de fond : l’explosion des Run Clubs. On a exploré ce nouvel univers où le sport rencontre le social, la performance et, de plus en plus, le business.

Le boom des Social Run Clubs : courir pour se rencontrer

Le concept est simple : des rendez-vous de course à pied, souvent hebdomadaires, gratuits et ouverts à tous. Ici, pas de pression de chrono ou de licence obligatoire. L’objectif premier n’est pas la performance pure, mais la création de liens. On vient pour partager des kilomètres, mais surtout pour discuter, échanger et tisser une communauté. Le footing se prolonge d’ailleurs fréquemment autour d’un café ou d’une bière.

Ce mouvement a pris une ampleur considérable. Sur la plateforme Strava, on dénombre plus de 40 000 clubs de ce type en Europe. Un chiffre qui, bien qu’imparfait, témoigne d’une transformation profonde de la pratique. La course à pied, sport individuel par excellence, est devenue un prétexte pour recréer du collectif.

Harbat Running Lab : le modèle hybride qui allie social et performance

Pour comprendre cette dynamique, nous nous sommes rendus au 100ᵉ Social Run du Harbat Running Lab, un samedi matin pluvieux à Paris. Loin de décourager les participants, la météo semble renforcer la cohésion. « On n’annule jamais », nous confie Adam Belkacem, le fondateur.

L’histoire d’Harbat illustre parfaitement l’essor du phénomène. Lancé presque par hasard en 2022 pour entraîner quelques amis, le groupe a rapidement grandi. Adam a alors structuré le projet autour d’une double proposition unique :

  • Le Social Run : Une porte d’entrée gratuite et conviviale pour découvrir le club.
  • Le Club de Performance : Une structure affiliée à la Fédération Française d’Athlétisme (FFA, n°75183), avec des entraînements structurés sur piste au stade Emile Anthoine et la possibilité de participer à des compétitions officielles.

« On est le seul club à avoir les deux : le sous-jacent social et le sous-jacent performance », explique Adam. Cette approche hybride permet d’accueillir tous les profils, du débutant complet à l’athlète confirmé. Le club propose ainsi des adhésions payantes pour ceux qui souhaitent s’orienter vers la performance, tout en gardant une porte d’entrée accessible à tous.

Eight Lines : quand le running devient un mouvement culturel

Dans un autre style, le collectif Eight Lines montre comment le running peut dépasser le cadre purement sportif. Né de l’envie de huit amis issus de différents clubs d’athlétisme, ce groupe s’est construit autour d’une forte identité culturelle.

Pour Lourdes Fernando, cofondatrice, il s’agissait de créer un espace de représentation pour la richesse de la double culture. Le collectif mêle ainsi running, mode, musique et création de contenu. Le sport devient un prétexte pour organiser des événements et construire une esthétique propre, transformant une hygiène de vie parfois solitaire en un mouvement cool et inspirant. Leur succès prouve que la course à pied peut être un puissant vecteur d’expression identitaire.

Pourquoi un tel succès ? L’analyse sociologique

L’essor de ces clubs n’est pas un hasard. Selon Guillaume Dietsch, enseignant et sociologue du sport, il répond à une évolution profonde des pratiques. Si la course en autonomie, hors des clubs traditionnels, se développe depuis des décennies, la nouveauté réside dans sa dimension communautaire, amplifiée par les réseaux sociaux.

Pour une génération hyper connectée, le club de running devient le prolongement physique des interactions virtuelles. « Le réseau social, c’est un moyen de se socialiser », analyse le chercheur. Ces groupes matérialisent les connexions numériques et répondent à un besoin paradoxal : une génération souvent perçue comme individualiste y recrée des formes de collectif très fortes.

La face cachée des Run Clubs : inclusion et sécurité en question

Malgré leur promesse d’ouverture, ces communautés ne sont pas exemptes de critiques. La première concerne l’inclusion. Dans les faits, les participants sont souvent des profils similaires : jeunes, urbains et culturellement favorisés. Un phénomène de reproduction sociale assez classique, mais qui interroge sur la portée universelle du mouvement.

Des dérives qui ne peuvent être ignorées

Plus préoccupant, des témoignages font état de problèmes de sécurité et de comportements déplacés. Une coureuse nous a raconté sa première expérience : un groupe de 70 personnes, une allure non respectée, aucun encadrement, et une arrivée en solitaire, perdue. D’autres récits, comme celui de Louise (prénom modifié), évoquent des remarques sexistes et du harcèlement au sein des groupes de discussion.

Face à ces dérives, certains clubs prennent leurs responsabilités. Le Harbat Running Lab a mis en place une charte éthique rédigée par un avocat, avec une politique de tolérance zéro envers tout propos discriminant ou déplacé. « On combat ça parce qu’une industrie est en train de se créer », souligne Adam Belkacem. Une prise de conscience nécessaire pour que la course reste un espace sûr pour toutes et tous.

Du bénévolat au business : l’économie du running social

Derrière l’ambiance conviviale se structure aussi un véritable modèle économique. Si la plupart des clubs fonctionnent sur le bénévolat, l’implication des marques change la donne. Cela commence souvent par des dotations (chaussures, cafés, produits), mais peut aller beaucoup plus loin.

Harbat, par exemple, a créé une agence en parallèle de l’association. « Je vends l’audience running aux marques », assume son fondateur. Des entreprises comme HBO Max, Samsung ou On y voient une opportunité marketing puissante pour toucher une communauté ciblée et engagée. Chez Eight Lines, le partenariat avec Nike vise davantage la visibilité et la représentation culturelle.

En conclusion, les Run Clubs ont transformé la course à pied en bien plus qu’un sport. Ils sont devenus des plateformes sociales, culturelles et économiques. Pour les passionnés de sports outdoor et de performance, ce phénomène urbain est une porte d’entrée fascinante. Il démocratise l’effort et crée des communautés qui, demain, pourraient bien être les nouveaux viviers de coureurs prêts à relever des défis plus grands, des marathons aux sentiers de montagne.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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