mercredi, février 4, 2026
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Bigorexie en escalade : quand la passion devient une prison

Bigorexie en escalade : quand la passion devient une prison

L’escalade est bien plus qu’un sport ; c’est une passion, un mode de vie. Chaque prise, chaque mouvement, chaque ascension est une source de satisfaction intense. Mais que se passe-t-il lorsque cette passion dévorante dépasse les limites du plaisir pour devenir une véritable addiction ? C’est là qu’intervient la bigorexie, une dépendance à l’activité physique qui n’épargne pas le monde de la grimpe.

Comprendre la bigorexie : l’addiction au sport

Loin d’être une simple motivation extrême, la bigorexie est une pathologie reconnue par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) depuis 2011. Elle se caractérise par un besoin irrépressible et compulsif de pratiquer une activité sportive de manière excessive, au point d’en subir des conséquences négatives sur sa santé, sa vie sociale et psychologique.

Contrairement à ce que son nom, dérivé de l’anglais “big” (grand), pourrait laisser penser, la bigorexie ne concerne pas uniquement la quête de volume musculaire. Elle touche principalement les sports d’endurance, où le corps sécrète massivement des endorphines. Comme le souligne une analyse du Figaro Santé, c’est la libération d’endorphines qui explique en partie l’addiction, procurant une sensation d’euphorie et de bien-être que le sportif cherche à retrouver constamment.

L’escalade, un terrain propice à la dépendance

En escalade, la recherche de performance, le dépassement de soi et la connexion intense avec son corps sont des moteurs puissants. Cependant, cette quête peut facilement basculer. Le grimpeur risque alors de tomber dans une spirale de surentraînement, où la quantité prime sur la qualité, et où le repos est perçu comme une perte de temps, voire une source de culpabilité.

La culture de la performance, très présente dans les salles et au pied des falaises, peut involontairement encourager ces comportements. On admire celui qui s’entraîne sans relâche, qui repousse la douleur. Pourtant, la frontière entre une discipline saine et une dépendance destructrice est souvent plus mince qu’on ne le pense.

Les signaux d’alarme : comment reconnaître la bigorexie ?

Identifier la bigorexie est la première étape pour s’en sortir. Plusieurs signes doivent alerter le grimpeur et son entourage. Si vous vous reconnaissez dans plusieurs des points suivants, une introspection pourrait être nécessaire.

Une pratique qui devient une obligation

Le plaisir de grimper s’efface au profit d’un besoin. L’entraînement n’est plus un choix, mais une compulsion.
Fréquence excessive : Vous planifiez plus de cinq séances par semaine, parfois même au quotidien.
Culpabilité : Manquer une séance à cause d’un imprévu génère une anxiété intense et un fort sentiment de culpabilité.
Rituels rigides : Votre vie s’organise entièrement autour de votre planning d’escalade, et toute modification est une source de stress.

Un corps qui souffre en silence

Le sportif bigorexique entretient une relation conflictuelle avec son corps. Il l’écoute pour performer, mais l’ignore lorsqu’il alerte sur ses limites.
Déni des blessures : Vous continuez à grimper malgré des douleurs persistantes, des tendinites ou des signaux de fatigue évidents.
Poursuite de l’effort malgré les risques : L’épuisement physique et mental ne vous arrête pas. Le risque de blessures graves, comme des tendinites, fractures ou même de l’ostéoporose, est banalisé.

Une vie sociale et affective mise de côté

Progressivement, l’escalade prend toute la place, au détriment des relations et des responsabilités.
Isolement : Vous déclinez les invitations de vos amis ou de votre famille pour ne pas manquer un entraînement.
Conflits avec l’entourage : Vos proches vous reprochent votre obsession pour l’escalade et votre manque de disponibilité.
Négligence : La vie professionnelle ou familiale passe au second plan, car toute votre énergie mentale est focalisée sur la grimpe.

Le syndrome de sevrage

Lorsque la pratique est empêchée (blessure, vacances, obligations), un véritable état de manque s’installe, se manifestant par :
– De l’irritabilité et de l’anxiété.
– Un sentiment de tristesse, voire des symptômes dépressifs.
– Une obsession constante pour la reprise de l’entraînement.

Les racines psychologiques de l’addiction

La bigorexie n’est souvent que la partie visible de l’iceberg. Cette dépendance au sport est généralement le symptôme d’une souffrance psychologique plus profonde. Elle peut être liée à :
– Une faible estime de soi : la performance sportive devient le seul moyen de se valoriser.
– Un besoin de contrôle : dans un monde incertain, le sport offre un cadre rigide et rassurant.
– Le comblement d’un vide affectif ou la fuite face à des traumatismes passés (dépression, rupture).

Retrouver le plaisir de grimper : des pistes pour s’en sortir

Sortir de la bigorexie est possible, mais cela demande du courage et souvent une aide extérieure. L’objectif n’est pas d’arrêter le sport, mais de reconstruire une relation saine et équilibrée avec sa pratique.

1. La prise de conscience

C’est l’étape la plus difficile mais la plus essentielle. Admettre que sa passion est devenue un problème est le premier pas vers la guérison. Écouter les alertes de son entourage sans se braquer est souvent un bon point de départ.

2. Consulter un professionnel

Comme pour toute addiction, il ne faut pas hésiter à chercher de l’aide. Un médecin du sport, un psychologue ou un médecin spécialisé en addictologie peut poser un diagnostic précis et proposer un accompagnement adapté.

3. Diversifier les sources de plaisir

Il est conseillé de réintroduire de la variété dans ses activités. Explorez d’autres sports, de préférence en groupe, où l’accent est mis sur la convivialité plutôt que sur la performance pure. Redécouvrez des hobbies que vous aviez délaissés.

4. Se reconnecter au plaisir de l’escalade

  • Grimpez sans objectif précis : Autorisez-vous des séances “juste pour le fun”, sans chercher à cocher des croix ou à battre des records.
  • Privilégiez les sorties en groupe : Partagez des moments en falaise ou en salle avec des amis, où l’aspect social prime sur la performance individuelle.
  • Apprenez à écouter votre corps : Intégrez de vrais jours de repos, travaillez votre souplesse, et considérez la récupération comme une partie intégrante de l’entraînement.

En conclusion, si l’escalade est une école d’exigence et de discipline, elle doit avant tout rester une source de joie et d’épanouissement. Reconnaître les signes de la bigorexie, c’est se donner la chance de ne pas laisser une passion se transformer en prison, et de continuer à grimper, plus sainement, pendant de longues années.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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