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Fitz Roy 1952 : Le récit de la première ascension légendaire de Terray et Magnone

Fitz Roy 1952 : Le récit d’une première ascension légendaire par Terray et Magnone

Au cœur de la Patagonie se dresse une montagne de granit aux allures de forteresse : le Fitz Roy. Pendant des décennies, son sommet est resté inviolé, repoussant toutes les tentatives. Il y a 74 ans, le 2 février 1952, deux alpinistes français, Lionel Terray et Guido Magnone, ont gravé leur nom dans l’histoire en réalisant la première ascension de ce géant. Plus qu’un exploit sportif, leur aventure est une véritable épopée humaine, faite de courage, de drame et d’une détermination sans faille face à des éléments déchaînés.

L’appel de la Patagonie : un défi après l’Himalaya

Deux ans après la conquête de l’Annapurna, la première expédition française en Himalaya, l’appétit d’aventure de Lionel Terray est intact. Le « Cervin des antipodes », comme il le surnomme, le fascine. L’idée d’une expédition vers le Fitz Roy (aussi appelé Cerro Chaltén, 3 405 m) germe au sein d’un groupe d’alpinistes parisiens mené par René Ferlet.

Contrairement à l’expédition de l’Annapurna, lourdement financée par les instances officielles, cette aventure patagonne repose sur un modèle bien différent. L’équipe doit mettre la main à la poche. Terray puise dans ses économies, et Guido Magnone va jusqu’à vendre sa voiture. C’est la preuve d’un engagement total, celui d’hommes prêts à tout pour leur passion.

Une expédition marquée par le drame

En décembre 1951, l’équipe débarque à Buenos Aires, soutenue par le gouvernement argentin de Perón. Mais l’aventure prend une tournure tragique avant même d’atteindre le pied de la montagne. Durant la marche d’approche, l’alpiniste Jacques Poincenot se noie en traversant un torrent en crue, sous les yeux de Terray. Le choc est immense. En son hommage, ses compagnons baptiseront une aiguille voisine du Fitz Roy « l’aiguille Poincenot ». Malgré le deuil, les hommes trouvent la force de continuer, leur détermination renforcée par la perte de leur ami.

Face à la fureur des vents de Patagonie

La difficulté principale du Fitz Roy n’est ni son altitude modeste, ni la technicité de sa roche, mais un ennemi invisible et implacable : le vent. Les alpinistes font face à des conditions météorologiques d’une violence inouïe. Terray décrit des « apocalyptiques tempêtes de vent dépassant parfois 200 kilomètres à l’heure ».

Les tentes sont inutilisables, littéralement déchiquetées par les rafales. L’équipe doit creuser des grottes dans la glace pour survivre dans les camps d’altitude. Pendant près de trois semaines, ils luttent contre la météo, équipant la montagne petit à petit, leur moral mis à rude épreuve par l’attente et le froid.

L’assaut final : 750 mètres de granit et de doutes

Fin janvier, une accalmie se dessine enfin. Terray et Magnone sont terrés depuis quatre jours dans une grotte de glace au camp III. Ils décident de tenter leur chance. Devant eux se dresse le mur final : une paroi de granit de 750 mètres, verticale et technique, qui exige une maîtrise parfaite de l’escalade artificielle.

Une première tentative leur permet de gravir 120 mètres avant de battre en retraite. Le lendemain, ils repartent plus légers, mais la progression est lente et épuisante. Après une journée d’efforts, ils bivouaquent à mi-paroi, sur une simple vire exposée au vide.

Le moment où tout bascule

Au matin du 2 février, le moral de Lionel Terray flanche. Épuisé, il est prêt à abandonner. C’est là que Guido Magnone devient le véritable moteur de l’ascension. Il refuse de renoncer si près du but. Ses mots résonnent avec une force incroyable : « En cet instant, je réalise que si nous fuyons aujourd’hui, jamais plus nous ne remonterons, et je ne veux pas me résoudre après tant d’efforts, après tant de sacrifices. »

Poussé par la détermination de son compagnon, Terray repart. Magnone prend la tête, grimpant longueur après longueur, tandis que leur stock de pitons diminue dangereusement. La tempête menace de revenir, mais les deux hommes sont dans leur bulle, concentrés sur chaque geste.

Au sommet de la légende

Un dernier obstacle, une dalle surplombante, leur barre la route. Un coup de chance : Terray retrouve trois derniers pitons au fond de son sac. Ils suffiront. À 16 heures, le 2 février 1952, ils débouchent enfin sur les dernières pentes. « Une joie profonde nous envahit car nous savons que notre véritable victoire est ici, que c’est ici que le Fitz Roy est vaincu », écrira Magnone.

Cette première ascension du Fitz Roy est bien plus qu’une ligne sur un CV. C’est un récit de résilience, d’amitié et de dépassement de soi. Un exploit immortalisé par le film de l’expédition, « Du Fitz-Roy à l’Aconcagua », qui témoigne de l’une des plus grandes pages de l’histoire de l’alpinisme. Un exploit qui a confirmé le statut de légende de Lionel Terray, l’un des plus grands alpinistes de l’après-guerre, et a révélé le caractère exceptionnel de Guido Magnone.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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