Il y a des figures qui, sans faire de bruit, marquent profondément leur communauté. David Ross Anderson était de celles-ci. Grimpeur passionné et esprit libre, il a consacré sa vie aux parois rocheuses du Nouveau-Mexique, pensant souvent n’être qu’un loup solitaire. Sa disparition tragique a pourtant révélé une tout autre réalité : celle d’un homme qui, sans le savoir, avait tissé des liens indéfectibles avec une communauté qui l’admirait.
Une vie guidée par la passion de l’escalade
Né le 3 octobre 1969 à Albuquerque, David Ross Anderson a découvert l’escalade durant ses études à l’Université du Nouveau-Mexique dans les années 80. Ce ne fut pas un simple passe-temps, mais une véritable révélation. Pour David, l’appel de la roche était plus fort que celui d’une carrière conventionnelle. Il a alors fait un choix radical : celui de la liberté.
Plutôt que de s’enfermer dans un emploi du temps fixe, il a multiplié les petits boulots, de la figuration dans des films au poste de livreur DoorDash. Chaque mission était un moyen de financer la prochaine aventure, le prochain voyage vers les falaises. Cette philosophie de vie lui permettait de partir grimper dès que l’occasion se présentait, notamment vers sa destination fétiche, Rifle, dans le Colorado.
Son partenaire d’escalade de longue date, Joe Tefertiller, se souvient pour Climbing.com : « David adorait Rifle. Nous y avons fait beaucoup de voyages. C’était presque devenu un événement annuel pour lui. » Cette quête de liberté et de performance en plein air est une inspiration pour de nombreux adeptes de sports outdoor.
Le bâtisseur de l’ombre du Nouveau-Mexique
Au-delà de ses propres ascensions, l’héritage de David Anderson est gravé dans la roche. Avec Joe Tefertiller, il a été l’un des pionniers du développement de nouvelles voies d’escalade dans la région de Placitas, au Nouveau-Mexique. Son travail acharné a permis d’ouvrir des secteurs aujourd’hui réputés comme The Temple et Palomas Peak.
Qu’est-ce qu’un développeur de voies ?
Pour les non-initiés, le rôle d’un développeur est fondamental dans la communauté de l’escalade. C’est un travail exigeant qui consiste à repérer des lignes potentielles sur une falaise, à la nettoyer de ses roches instables, puis à y placer des points d’ancrage (spits) pour assurer la sécurité des futurs grimpeurs. C’est un acte de générosité qui demande du temps, de l’énergie et un investissement personnel, souvent sans autre reconnaissance que la gratitude des autres passionnés.
David a ainsi offert des dizaines de nouvelles voies à la communauté d’escalade locale. Chaque prise qu’il a brossée, chaque spit qu’il a posé, est un cadeau durable pour des générations de grimpeurs. Il a contribué à façonner le paysage de l’escalade au Nouveau-Mexique, un État connu pour ses déserts et ses montagnes majestueuses.
L’homme qui avait plus d’amis qu’il ne le pensait
Malgré son implication, David se percevait comme un électron libre, un « loup solitaire ». Joe Tefertiller explique : « Il a toujours eu l’impression d’être un loup solitaire. Le genre de gars qui apparaît et disparaît des choses. Mais ensuite, quand il est décédé, tellement de gens se sont manifestés. Je pense qu’il aurait été surpris de voir combien de personnes tenaient à lui. »
Ce sentiment est au cœur de l’hommage rendu par le magazine Climbing.com, intitulé « A High Desert Wanderer Had More Friends Than He Knew » (Un vagabond du désert qui avait plus d’amis qu’il ne le pensait). La vague d’émotion et de témoignages qui a suivi sa disparition a mis en lumière l’impact profond qu’il avait eu sur son entourage, bien au-delà de ce qu’il aurait pu imaginer.
Une fin tragique pour un esprit libre
Le 18 août 2025, la communauté a été secouée par une terrible nouvelle. David Ross Anderson est décédé à l’âge de 55 ans suite à une chute lors d’une session d’escalade à Los Alamos. La nouvelle, confirmée par la Rivera Family Funeral Home, a laissé un grand vide.
Il laisse derrière lui son fils, Ari, son frère, Scott, et sa sœur, Stacy, ainsi que d’innombrables amis de cordée qui se souviendront de sa discrétion, de sa gentillesse et de sa passion dévorante pour la verticalité.
L’héritage d’un grimpeur authentique
La vie de David Ross Anderson est un rappel puissant que la valeur d’une existence ne se mesure pas à la réussite professionnelle conventionnelle, mais à l’intensité de ses passions et à l’impact, même silencieux, que l’on a sur les autres. Il incarnait l’esprit même des sports de montagne : la recherche de la liberté, le dépassement de soi et un lien profond avec la nature.
Son héritage perdurera à travers les voies qu’il a ouvertes et dans les mémoires de tous ceux qui ont eu la chance de croiser sa route. Le vagabond du désert n’était pas si seul ; il était le pilier discret d’une communauté qui, aujourd’hui, mesure pleinement l’ampleur de sa perte.
