L’exploit d’une génération : Billon et Védrines au sommet des Grandes Jorasses
Imaginez un instant. Gravir non pas une, mais trois des parois les plus mythiques et redoutables des Alpes. Le tout en moins d’une semaine, sans voiture ni hélicoptère, en utilisant uniquement la force des jambes et des bras. C’est le défi insensé que se sont lancé les alpinistes Léo Billon et Benjamin Védrines. Après avoir conquis l’Eiger et le Cervin, ils se sont attaqués au dernier acte de leur trilogie : la face nord des Grandes Jorasses. Un final grandiose pour une aventure qui redéfinit les limites de l’alpinisme moderne.
Une trilogie alpine sans précédent
En avril 2025, le monde de la montagne a retenu son souffle. Léo Billon et Benjamin Védrines s’étaient engagés dans un projet monumental : enchaîner les trois grandes faces nord des Alpes. Un triptyque légendaire que tout alpiniste rêve un jour d’accomplir. Mais les deux Français ont ajouté une contrainte de taille : réaliser la totalité du parcours sans aucun moyen motorisé.
Leur périple a débuté sur les pentes suisses avec deux ascensions majeures :
* La face nord de l’Eiger par la voie Harlin.
* La face nord du Cervin via la voie Gogna.
Pour chaque étape, les approches se sont faites à vélo, à ski ou à pied. Une fois au sommet, la descente n’était pas plus simple. C’est une vision pure et minimaliste de la montagne, où chaque mètre se gagne par l’effort.
L’assaut final sur la forteresse des Jorasses
Pour conclure leur épopée, il ne restait “plus que” la face nord des Grandes Jorasses. Un mur de granit et de glace de 1200 mètres de haut, culminant à la pointe Walker (4208 m). Malgré la fatigue accumulée, le duo n’a pas choisi la facilité. Leur objectif était la voie Colton-MacIntyre, un itinéraire mixte, technique et engagé, ouvert en 1976. Ils ont opté pour la “variante Alexis”, un peu plus raide mais qui présentait de meilleures conditions au moment de leur passage.
L’aventure a commencé bien avant la première prise. Fidèle à leur éthique, Benjamin Védrines a effectué la longue marche d’approche à pied, seul avec son matériel, pour rejoindre le pied de la face. Cette phase, souvent négligée, fait partie intégrante de leur performance et témoigne d’un engagement total.
L’ascension elle-même s’est déroulée dans des conditions sèches et complexes, rendant la progression encore plus délicate. Dans ce type de terrain, où la glace se mêle au rocher, chaque mouvement demande une concentration absolue. La cordée, ce lien vital et invisible entre les deux hommes, a fonctionné à la perfection.
Une vision moderne de l’alpinisme
Au-delà de la performance physique, cet enchaînement est porteur d’un message fort. Billon et Védrines incarnent un alpinisme moderne, rapide et léger. Ils démontrent qu’il est possible de réaliser des exploits majeurs tout en minimisant son impact et en renouant avec l’essence de l’aventure.
Cette philosophie est soutenue par une logistique impeccable, assurée par leur ami Quentin Degrenelle, qui a joué un rôle crucial en coulisses. Comme le souligne le site officiel des Piolets d’Or, cette performance met en avant “l’innovation et le lien avec les montagnes locales”.
Leur aventure a été immortalisée dans un documentaire de 20 minutes qui plonge le spectateur au cœur de l’action. Entre les images de drone à couper le souffle et les séquences filmées en caméra embarquée, on ressent la tension de la paroi et la complicité qui unit les deux athlètes. Vous pouvez retrouver un aperçu de cette incroyable ascension dans la vidéo publiée par Alpine Mag.
Une descente dans les airs et une reconnaissance méritée
Le point d’orgue de cette dernière étape fut sans doute la descente. Arrivés au sommet des Grandes Jorasses, épuisés mais comblés, Léo et Benjamin ne sont pas redescendus à pied. Ils ont déplié leurs voiles de parapente pour un vol magique qui les a ramenés directement dans la vallée de Chamonix. Une conclusion spectaculaire, à l’image de leur trilogie.
Cet exploit, par son ampleur et son éthique, n’a pas laissé la communauté montagnarde indifférente. Benjamin Védrines a reçu une mention spéciale aux Piolets d’Or 2025, la plus haute distinction dans le monde de l’alpinisme. La FFCAM a salué l’ensemble de ses réalisations, soulignant son approche innovante et pluridisciplinaire.
En achevant leur trilogie des faces nord des Alpes de cette manière, Léo Billon et Benjamin Védrines ont fait bien plus que gravir trois montagnes. Ils ont écrit une nouvelle page de l’histoire de l’alpinisme et inspiré toute une génération à rêver plus grand, plus propre et plus fort.
