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Anti-inflammatoires en Ultra-Trail : Pourquoi sont-ils un danger pour votre performance ?

Anti-inflammatoires en Ultra-Trail : Le Faux Ami de Votre Performance ?

Un kilomètre de plus. Juste un. La douleur est vive, lancinante. Dans votre sac, une petite pilule rose vous fait de l’œil. Un simple ibuprofène pour calmer le jeu et repartir de plus belle. Ce geste, presque anodin, est devenu un réflexe pour des milliers de traileurs. Pourtant, derrière cette solution de facilité se cache un véritable danger pour votre santé et, paradoxalement, pour votre performance.

Loin d’être une aide, la prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) en plein effort d’endurance peut transformer votre course en cauchemar. Décryptage d’une pratique à haut risque.

Un réflexe courant aux conséquences méconnues

Sur les sentiers des plus grands ultras du monde, la consommation d’AINS atteint des sommets. Une étude menée sur la célèbre Western States 100 a révélé que près de 70 % des participants en consommaient avant ou pendant l’épreuve. Un chiffre colossal qui témoigne de la banalisation de cette pratique.

Les coureurs cherchent à masquer la douleur pour maintenir leur allure. Mais que se passe-t-il réellement dans l’organisme ? Les chercheurs ont découvert que non seulement ces médicaments n’atténuent pas les dommages musculaires, mais qu’ils peuvent au contraire aggraver l’inflammation générale et les niveaux de toxines dans le sang. En bref, l’effet obtenu est souvent l’inverse de celui recherché.

Le danger numéro un : vos reins en surrégime

Le risque le plus grave et le mieux documenté concerne la fonction rénale. Pour comprendre, il faut s’intéresser au fonctionnement des AINS.

Le mécanisme d’action des AINS

Les AINS (ibuprofène, diclofénac, aspirine…) agissent en bloquant la production de molécules appelées prostaglandines. Si ces dernières participent à la sensation de douleur, elles jouent aussi un rôle crucial : elles assurent une bonne circulation sanguine vers les reins.

Le cocktail explosif de l’ultra-trail

En ultra-trail, votre corps est soumis à un stress extrême. Vous transpirez, vous vous déshydratez, et votre température corporelle augmente. Dans ces conditions, le flux sanguin vers les reins diminue déjà naturellement.

Si vous ajoutez la prise d’un AINS qui réduit encore ce flux sanguin, vous créez une situation critique. Le rein, mal irrigué, ne peut plus filtrer correctement le sang. Les conséquences peuvent être dramatiques :

  • Insuffisance rénale aiguë : Un blocage brutal des reins qui peut nécessiter une hospitalisation en urgence. Une étude a montré une augmentation de 18 % des problèmes rénaux chez les ultra-marathoniens prenant de l’ibuprofène.
  • Rhabdomyolyse : Une destruction massive des cellules musculaires qui libèrent des substances toxiques pour les reins, pouvant aggraver l’insuffisance rénale.

Un impact systémique sur tout l’organisme

Les reins ne sont pas les seules victimes. La prise d’AINS en course perturbe de nombreux autres équilibres fragiles.

Un système digestif mis à rude épreuve

L’effort d’endurance est déjà un défi pour l’intestin. La prise d’AINS vient noircir le tableau en augmentant la perméabilité de la barrière intestinale. Concrètement, votre intestin devient une véritable passoire, laissant des toxines (endotoxines) s’échapper dans la circulation sanguine. Cela peut provoquer des troubles digestifs sévères, voire des saignements.

Masquer la douleur, c’est retarder la guérison

L’inflammation est souvent perçue comme une ennemie. Pourtant, c’est un processus naturel et indispensable à la réparation des tissus. C’est le signal qui déclenche la reconstruction de vos fibres musculaires et de vos tendons après une blessure.

En bloquant ce processus, les AINS peuvent perturber, voire empêcher, une bonne guérison. Une tendinite masquée par un médicament risque de s’aggraver et de devenir chronique. Vous ne rendez pas service à votre corps, vous l’empêchez de se soigner.

Cette prise de conscience a d’ailleurs mené l’organisation de l’UTMB à interdire brièvement les AINS en 2021, avant de devoir faire marche arrière pour s’aligner sur les règles de l’Agence mondiale antidopage, qui ne les considère pas comme des produits dopants.

Comment gérer la douleur sans se mettre en danger ?

Alors, que faire quand la douleur s’installe ? La solution n’est pas dans une pilule, mais dans une approche plus globale et respectueuse de votre corps.

Avant la course :

  • Un entraînement adapté : La meilleure prévention est une préparation progressive et intelligente pour habituer votre corps à l’effort.
  • Une nutrition et une hydratation optimales : Anticipez vos besoins et ne testez rien le jour J.
  • Le renforcement musculaire : Des muscles solides protègent vos articulations et préviennent les blessures.

Pendant la course :

  • Écoutez votre corps : Une douleur est un signal d’alerte. L’ignorer est la pire des stratégies. Levez le pied, marchez, analysez la situation.
  • Le froid : Utilisez les ruisseaux ou les fontaines pour refroidir une zone douloureuse. C’est un anti-inflammatoire naturel et sans risque.
  • La gestion mentale : Acceptez que la douleur fasse partie de l’ultra. Concentrez-vous sur votre respiration, sur des pensées positives.

Après la course :

  • La récupération active : Marchez un peu, faites des étirements très doux.
  • Le trio gagnant : Sommeil, hydratation et alimentation de qualité sont vos meilleurs alliés pour aider votre corps à se réparer.

En conclusion, les anti-inflammatoires sont un faux ami pour le coureur d’endurance. Ils masquent les signaux d’alerte de votre corps, vous exposent à des risques graves et entravent vos processus naturels de guérison. Apprendre à gérer la douleur autrement, c’est choisir la performance durable et, surtout, préserver votre santé à long terme. La véritable force en ultra-trail n’est pas de faire taire la douleur, mais de savoir l’écouter.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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