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Change : Le premier 9b+ de l’histoire doit-il être déclassé ? Adam Ondra sème le doute

Change : Le premier 9b+ de l’histoire doit-il être déclassé ? Adam Ondra sème le doute

Une voie. Un nom. « Change ». Pour les passionnés d’escalade, ces quelques lettres évoquent immédiatement une révolution. En octobre 2012, dans la pénombre de la grotte de Flatanger en Norvège, un jeune grimpeur de 19 ans nommé Adam Ondra repoussait les limites du possible. Il réalisait la première ascension de « Change », proposant une cotation alors inédite : 9b+. Un nouveau cap était franchi.

Pourtant, plus d’une décennie plus tard, le doute s’installe. Et c’est Adam Ondra lui-même qui vient aujourd’hui questionner son propre héritage. La voie qui a redéfini l’escalade de très haut niveau est-elle toujours un 9b+ ? La réponse est bien plus complexe qu’il n’y paraît.

« Change », un monstre de résistance sculpté en Norvège

Pour comprendre l’enjeu du débat, il faut visualiser ce qu’est « Change ». Imaginez une ligne de 50 mètres qui s’élance dans un dévers impressionnant, presque un toit, au cœur de la grotte de Hanshelleren. Ce n’est pas une voie, c’est un marathon suspendu.

Elle se décompose en deux parties bien distinctes :
* La première section (« Change P1 ») est déjà un chef-d’œuvre de difficulté, cotée 9a+. Elle contient le passage clé, le crux, un mouvement d’épaule d’une violence inouïe qui a brisé le rêve de nombreux grimpeurs d’élite.
* La seconde section, enchaînée à la suite, ajoute une bonne dose de résistance avec une difficulté estimée autour de 8c+/9a.

L’enchaînement des deux constitue « Change » dans son intégralité. À l’époque, la performance d’Ondra est stratosphérique. Il gravit ce monstre sans s’appuyer sur des vidéos pour décortiquer les mouvements et, détail crucial, sans utiliser de genouillères.

La genouillère : le grain de sable qui change la donne ?

Depuis l’exploit originel, la voie a été répétée, mais très peu. Seuls six grimpeurs ont réussi à atteindre le sommet de « Change ». Le premier fut l’Italien Stefano Ghisolfi en 2020, suivi par le Français Seb Bouin en 2022, puis Alex Megos, Jorge Díaz-Rullo et tout récemment, le jeune Norvégien Leo Bøe.

Tous ces répétiteurs ont un point commun : ils ont utilisé des genouillères. Cet équipement, qui était peu répandu à l’époque d’Ondra, est devenu un standard dans l’escalade moderne. Il permet de se “verrouiller” dans certaines positions en utilisant la friction du genou contre la paroi, offrant ainsi des points de repos inespérés.

C’est lors d’une discussion avec Leo Bøe, documentée dans une vidéo publiée à l’automne 2025, qu’Adam Ondra a publiquement relancé le débat. Selon lui, ces nouvelles méthodes et l’usage des genouillères changent radicalement la nature de l’effort. Elles permettent de récupérer à des endroits où lui-même devait continuer à lutter, ce qui pourrait faire pencher la balance. La voie se rapprocherait alors davantage du 9b.

Le Tchèque reste cependant très mesuré, comme il l’explique dans une interview à PlanetGrimpe:

« Je ne l’ai jamais refaite avec des genouillères et les nouvelles méthodes qui ont apparues. Tant que ce n’est pas le cas, je ne peux pas affirmer avec certitude que ce n’est plus un 9b+. » – Adam Ondra

Une cotation est-elle gravée dans le marbre ?

Cette situation soulève une question fondamentale : la difficulté d’une voie est-elle une valeur absolue ? Les répétiteurs de « Change » sont assez unanimes. La plupart, comme Seb Bouin, proposent une cotation hybride, entre 9b et 9b+.

Alex Megos, après son ascension en 2024, a tenu à souligner le caractère visionnaire de la première d’Ondra. Il rappelle qu’il a bénéficié de toutes les vidéos et des méthodes développées par les grimpeurs précédents. Sans cette certitude que la voie était possible, le projet lui aurait semblé infaisable.

Faut-il alors officiellement déclasser « Change » ? Ou doit-on accepter qu’une cotation est aussi le reflet d’une époque, d’un style et d’un équipement ? Grimpée dans les conditions de 2012, sans genouillères, la voie reste sans aucun doute un 9b+ historique. Mais l’escalade de haut niveau est une quête d’efficacité. Si une méthode plus simple existe, les athlètes l’utiliseront.

Ce débat illustre parfaitement comment l’évolution du matériel et l’intelligence collective peuvent “dompter” une voie et potentiellement en réduire la difficulté perçue.

Et si le premier 9b+ devenait « La Dura Dura » ?

Les conséquences d’un déclassement officiel de « Change » seraient importantes pour les livres d’histoire. Si la voie est ramenée à 9b, elle perdrait son statut de premier 9b+ mondial.

Ce titre reviendrait alors à une autre voie mythique : « La Dura Dura », située à Oliana en Espagne. Libérée par Adam Ondra en février 2013, quelques mois seulement après « Change », elle fut rapidement répétée par la légende américaine Chris Sharma. Ondra lui-même a toujours considéré « La Dura Dura » comme étant plus difficile. Le fait qu’elle n’ait jamais connu de troisième ascension en plus de dix ans semble confirmer son statut de monstre de difficulté.

Le panthéon du 9b+ serait alors redessiné, mettant en lumière d’autres voies de référence comme « Perfecto Mundo » à Margalef, qui est aujourd’hui considérée par beaucoup comme la voie étalon de ce niveau.

Le débat sur la cotation de « Change » est loin d’être clos. Il nous rappelle que l’escalade n’est pas une science exacte. C’est un sport en perpétuelle évolution, où la performance est une conversation entre le grimpeur, le rocher, la technologie et l’histoire. Que « Change » reste 9b+ ou devienne 9b, elle conservera pour toujours son aura de voie révolutionnaire, celle qui a ouvert une nouvelle ère pour l’escalade mondiale.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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