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Népal : 6 Nouveaux Sommets de 8000 Mètres ? La Vérité Derrière l’Annonce Qui Secoue l’Alpinisme

Népal : 6 Nouveaux Sommets de 8000 Mètres ? La Vérité Derrière l’Annonce Qui Secoue l’Alpinisme

Et si la carte des plus hauts sommets du monde venait d’être redessinée ? C’est la question que tout passionné de montagne se pose suite à une annonce retentissante du Népal. Le pays himalayen a officiellement ajouté six nouvelles montagnes à sa liste très prisée des « 8000 mètres ». Une décision qui fait passer son total de 8 à 14 géants, mais qui soulève une controverse majeure dans le monde de l’alpinisme. Alors, simple coup de communication ou véritable révolution topographique ? Plongeons au cœur du débat.

Une annonce qui change les règles du jeu

Fin 2024, le ministère du Tourisme népalais a officialisé une nouvelle qui couvait depuis plus de dix ans. Six sommets, jusqu’alors considérés comme des pics secondaires des massifs du Kangchenjunga et du Lhotse, ont été promus au rang de montagnes à part entière. Une nouvelle chaîne de montagnes n’a pas été découverte, mais la classification, elle, a bien changé.

Voici la liste de ces « nouveaux » géants :

  • Yalung Khang (8505 m)
  • Kanchenjunga Sud (8476 m)
  • Kanchenjunga Central (8473 m)
  • Lhotse Middle (8410 m)
  • Lhotse Shar (8400 m)
  • Yalung Khang Ouest (8077 m)

Cette décision, si elle était acceptée mondialement, porterait le nombre total de 8000m sur la planète de 14 à 20. Une perspective qui pourrait relancer la fameuse « course aux 8000 » et redéfinir les carrières de nombreux alpinistes.

Mais au fait, qu’est-ce qui définit une montagne ?

C’est là que le bât blesse. Si l’altitude est un critère simple, la définition même d’une « montagne » est bien plus complexe. Il n’existe pas de règle universelle gravée dans le marbre, mais l’Union Internationale des Associations d’Alpinisme (UIAA), l’organisation de référence, a des critères bien établis, notamment celui de la proéminence topographique.

La proéminence, le critère clé

Pour faire simple, la proéminence est la hauteur d’un sommet par rapport au col le plus bas qui le relie à un pic plus élevé. C’est une mesure de son indépendance. En Himalaya, une proéminence d’au moins 300 mètres est souvent considérée comme nécessaire pour qu’un pic soit classé comme une montagne distincte.

Or, les « nouveaux » sommets népalais sont loin du compte. Par exemple, la proéminence entre le Lhotse et le Lhotse Shar n’est que de 72 mètres. Comme le résume avec humour un utilisateur sur Reddit, c’est un peu « comme compter une molaire comme quatre dents individuelles ». Pour l’UIAA, la conclusion est claire : ces pics font partie intégrante des massifs du Lhotse et du Kangchenjunga. L’organisation a d’ailleurs rappelé dans un communiqué de février 2024 que le nom même « Kangchenjunga » signifie « les cinq trésors de la grande neige », indiquant que la population locale a toujours considéré ces cinq pics comme une seule et même montagne.

Un coup marketing pour relancer le tourisme ?

La critique la plus évidente pointe vers une motivation économique. En créant de nouveaux objectifs pour les alpinistes, le Népal pourrait vendre davantage de permis d’ascension, une source de revenus vitale pour le pays. Certains observateurs, cités par le Kathmandu Post, y voient une manœuvre pour relancer l’attrait touristique de ses montagnes.

Cependant, cette vision est peut-être trop simpliste. L’alpiniste chevronné David Göttler, qui compte une vingtaine d’expéditions sur des 8000m, apporte une nuance importante. Il souligne que ces sommets sont loin d’être des « voies commerciales » faciles. « Certaines de ces montagnes, comme le Lhotse Shar, sont vraiment super difficiles », explique-t-il, citant des défis techniques, une exposition au danger et des risques objectifs élevés qui les rendent peu attractives pour le grand public de l’himalayisme.

Göttler concède toutefois que l’appât du record pourrait fonctionner : « Si le Guinness Book of World Records veut couronner la première personne à gravir les ’20’ sommets de 8000 mètres du monde, [cela pourrait générer du trafic] ». La course aux premières pourrait alors être relancée.

La performance au-delà des listes

Au-delà de la controverse, ce débat soulève une question plus profonde sur l’esprit de l’alpinisme. Faut-il se concentrer sur des listes ou sur la beauté du geste et de l’exploration ?

L’alternative des 7000 mètres

Pour David Göttler, le Népal passe à côté d’une opportunité bien plus intéressante. Plutôt que de redéfinir ses 8000m, le pays pourrait promouvoir ses innombrables sommets de 7000 mètres, souvent éclipsés par leurs grands frères. « S’il était plus facile d’obtenir des permis pour ces pics incroyables, je pense qu’il y aurait beaucoup plus d’alpinistes qui iraient [au Népal] », suggère-t-il. Ces montagnes offrent des défis techniques exceptionnels et un terrain d’aventure encore largement inexploré, loin des foules de l’Everest.

Finalement, la question posée par Göttler est essentielle : « Grimpez-vous juste parce que la montagne est sur une liste ? » Ces six pics existent depuis des millénaires. Leur valeur ne devrait pas dépendre d’une classification administrative, mais de l’expérience qu’ils proposent.

Conclusion : Alors, légitime ou pas ?

La revendication du Népal est légitime d’un point de vue national. Le pays est souverain pour classer ses propres montagnes. Cependant, sur la scène internationale de l’alpinisme, cette nouvelle liste n’est pas reconnue et ne change pas le consensus mondial qui s’en tient aux 14 sommets de plus de 8000 mètres historiquement établis.

Cette annonce a le mérite de nous faire réfléchir à ce qui nous pousse vers les sommets. Est-ce la performance pure, la collection de trophées, ou l’attrait d’une ligne esthétique et d’une aventure personnelle ? Qu’un sommet soit principal ou secondaire, s’il est beau et qu’il vous appelle, l’ascension n’en sera pas moins magnifique.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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