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Relais Corne de Bélier : L’Erreur d’Ancrage à Ne Jamais Commettre

Une erreur fréquente qui peut coûter la vie

Imaginez la scène : vous arrivez au relais, fatigué mais satisfait. Vous apercevez une dégaine qui bouge dangereusement, à peine retenue par l’ancrage. Un simple rebond sur la corde, et elle pourrait chuter, vous laissant sans protection. Cette situation, malheureusement réelle, illustre une méconnaissance fréquente d’un type de relais spécifique : la corne de bélier.

Ces ancrages, aussi appelés « pigtails », sont conçus pour simplifier la vie des grimpeurs. Pourtant, une mauvaise utilisation peut transformer cet allié en un piège mortel. En tant que média spécialisé dans les sports de montagne, il est de notre devoir de clarifier leur usage pour garantir la sécurité de tous en falaise.

Qu’est-ce qu’un relais en corne de bélier ?

Un relais en corne de bélier est un point d’ancrage dit « ouvert ». Il se présente sous la forme d’une tige de métal (acier inoxydable ou titane) courbée en spirale. Son principal avantage est de permettre de passer la corde pour la descente sans avoir à se détacher de son baudrier, ce qui réduit considérablement le risque d’accident lors de cette manipulation critique.

Pourquoi utiliser ce type d’ancrage ?

Si les mousquetons à vis ou les anneaux sont si courants, pourquoi avoir développé les cornes de bélier ? La raison principale est la lutte contre la corrosion. En bord de mer, l’air salin ronge l’acier, même l’inox dit « marine ». Le titane est le seul métal qui résiste durablement à cet environnement agressif. Or, pour des raisons de fabrication, les cornes de bélier sont actuellement les seuls ancrages ouverts disponibles en titane. Elles représentent donc une solution de sécurité et de longévité indispensable pour l’équipement des falaises côtières.

L’erreur fatale : la moulinette dans les cornes

Voici le point crucial de cet article. Les cornes de bélier sont conçues uniquement pour la descente du dernier grimpeur. Elles ne sont absolument pas prévues pour installer une moulinette.

L’erreur la plus grave et la plus répandue consiste à clipper les dégaines de la moulinette directement dans les spirales. Pourquoi est-ce si dangereux ?

  • Une résistance très faible : La spirale n’est pas conçue pour supporter les chocs répétés d’une moulinette. Sa résistance est bien inférieure à celle du point d’ancrage (le spit). Vous transformez un système de 25kN en un maillon faible de 15kN, voire moins.
  • Un risque de décrochage : La forme ouverte de la corne fait qu’un simple mouvement de corde, un rebond ou un balancement peut suffire à éjecter le mousqueton.
  • Usure du matériel : Le frottement de la corde et des mousquetons dans les cornes endommage à la fois l’ancrage et votre propre matériel.

Le Malaysian Bolting Fund a partagé des photos d’une corne de bélier complètement ouverte après avoir subi une petite chute en moulinette. Le résultat aurait pu être dramatique.

La bonne méthode pour installer une moulinette

Pour travailler une voie en moulinette sur un relais équipé de cornes de bélier, la seule méthode sûre est la suivante :

Clipez toujours les mousquetons de vos dégaines directement dans les plaquettes des spits, en passant SOUS les cornes de bélier.

De cette manière, vous bénéficiez de la pleine résistance des points d’ancrage. Les cornes de bélier ne servent alors à rien et restent libres pour la manipulation de fin de voie. C’est la configuration la plus sûre, même si elle demande une petite gymnastique supplémentaire pour le nettoyage du relais.

Comment descendre en toute sécurité ?

Une fois que le dernier grimpeur a atteint le sommet, il doit préparer sa descente. La règle d’or est simple : la corde doit passer dans les quatre cornes (dans le cas d’un relais standard composé de deux pigtails côte à côte).

Passer la corde dans une seule corne sur les deux est une erreur. La redondance est un principe fondamental de la sécurité en escalade, comme le rappellent de nombreux guides. L’échec d’un seul composant ne doit jamais entraîner la chute totale du système. En utilisant les deux pigtails, vous sécurisez la descente et répartissez l’usure.

Nettoyer le relais : la manipulation clé

La transition entre la moulinette (avec les dégaines sur les spits) et la descente (avec la corde dans les cornes) est un moment délicat. Restez toujours vigilant et assuré par votre partenaire au sol.

  1. Restez en tension sur la corde : Arrivé au relais, ne demandez pas de « mou ».
  2. Sécurisez-vous : Utilisez votre longe ou une dégaine pour vous attacher à l’un des deux points d’ancrage.
  3. Passez la corde : Prenez une boucle de corde du côté de votre assureur et passez-la dans les quatre cornes.
  4. Retirez vos dégaines : C’est l’étape la plus importante. Avant de demander « sec » ou de vous peser sur la corde passée dans les cornes, retirez les dégaines qui étaient sur les spits. Si vous ne le faites pas, la tension de la corde les coincera, rendant leur récupération très difficile voire impossible.
  5. Vérifiez une dernière fois : Assurez-vous que la corde est bien dans les quatre cornes et que rien ne gêne.
  6. Descendez : Vous pouvez maintenant demander à votre assureur de vous prendre « sec » et de vous descendre.

Ce qu’il faut retenir sur les cornes de bélier

Pour que tout soit clair, voici un résumé des bonnes pratiques :

  • Pour la moulinette : On clippe ses dégaines sur les spits, sous les cornes.
  • Pour la descente : On passe la corde dans les quatre cornes (sur un relais double).
  • La sécurité avant tout : On reste toujours assuré pendant les manipulations et on applique le principe de redondance.
  • Méfiance avec les relais simples : Si vous ne trouvez qu’un seul pigtail, soyez particulièrement prudent. Descendez de manière fluide, sans à-coups ni mou dans la corde.

Les relais en corne de bélier sont d’excellents outils quand on sait les utiliser. Ils rendent la grimpe plus fluide et plus sûre en évitant la manipulation dangereuse du dénouement au relais. En respectant ces quelques règles simples, vous garantissez votre sécurité et celle de vos partenaires de cordée.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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